Des tas de pales d’éoliennes stationnaires dans une décharge. C’est l’image inconfortable que laisse pour l’instant la première génération de parcs éoliens qui commence à prendre sa retraite. Et la question est inévitable. Que faire de tout ce matériau qui ne tourne plus, mais qui reste résistant et coûteux à fabriquer ?
La réponse de la start-up suisse Turn2Sun s'appelle Blade2Sun. Sa proposition est simple dans son idée et complexe dans son ingénierie. Donnez une seconde vie aux pales d’éoliennes afin qu’elles puissent servir de structure à des panneaux solaires bifaces, au lieu de les envoyer dans un four à ciment ou une décharge.
Un problème qui s’accroît au même rythme que l’énergie éolienne
Plus de 300 000 éoliennes fonctionnent déjà dans le monde et l'énergie éolienne contribue à environ 6,5 % de l'électricité mondiale, selon différentes analyses du secteur. Ce succès a sa face B. Les pales durent environ 20 ou 25 ans et sont fabriquées avec des composites de fibre de verre ou de carbone qui sont aujourd'hui très difficiles à recycler de manière propre et bon marché.
Une étude récente citée par des organismes européens indique que plus de 3 800 pales sont démontées chaque année en Europe, et que quelque 25 000 éoliennes arriveront en fin de vie utile dans les années à venir. Une grande partie de ces pales finit par être broyée et brûlée pour récupérer un peu d’énergie, un sort qui cadre mal avec l’idée d’une économie circulaire.
Dans des pays comme l’Espagne, la situation est particulièrement préoccupante. L'énergie éolienne est déjà l'une des principales sources d'électricité et plus de 22 000 éoliennes sont installées dans plus de 1 400 parcs, qui fournissent environ un quart de la demande annuelle en électricité. Si aucune mesure n’est prise, les décharges pleines de pelles peuvent devenir une nouvelle image d’une transition énergétique mal résolue.
Comment fonctionne Blade2Sun
Ce que propose Blade2Sun, c'est profiter de l'énorme résistance de ces pales pour remplacer les traditionnelles poutres métalliques des supports solaires. En pratique, une structure métallique légère est fixée sur la pale qui maintient des panneaux photovoltaïques bifaces, capables de produire de l'électricité des deux côtés.
De cette manière, une pale qui ne servait auparavant qu’à capter le vent supporte désormais une couverture solaire qui produit de l’électricité sans occuper beaucoup de terrain supplémentaire. Les fondations sont plus espacées que dans une structure classique et permettent de couvrir de grandes surfaces avec moins d'impact sur le sol, un élément clé dans les zones agricoles ou les paysages sensibles.
La solution n’est pas un simple dessin sur une prise PowerPoint. L'entreprise a développé un prototype à 2'500 mètres d'altitude dans le canton des Grisons, dans les Alpes suisses, en collaboration avec l'agence nationale Armasuisse. Là, ils ont testé le comportement de la structure avec de la neige, de la glace, des vents forts et des changements brusques de température, le type de conditions qui mettent à l'épreuve toute installation solaire.
Moins de déchets, moins d'acier et de nouvelles applications
Pourquoi tant d’intérêt pour une idée qui, sur le papier, pourrait paraître niche ? D’une part parce qu’il s’attaque à deux problèmes à la fois. Il gère les déchets difficiles comme les pelles et, en même temps, crée de nouveaux espaces pour installer du photovoltaïque sans se battre avec des toits ou des terres agricoles déjà occupés.
En revanche, cela réduit le besoin de structures en acier et en aluminium, matériaux au poids important dans l'empreinte carbone de l'énergie solaire et soumis à des tensions sur les prix. La réutilisation d’une pale existante permet d’éviter les émissions associées à la fabrication d’une poutre à longue portée offrant des performances similaires à partir de zéro.
Les applications possibles envisagées par l'entreprise vont au-delà du démonstrateur alpin. Différents rapports mentionnent leur utilisation comme auvents dans les parkings, couvertures au-dessus des étangs d'eau, ombrage sur les cultures ou encore structures qui survolent les routes ou les voies ferrées sans occuper l'espace de passage. Dans tous les cas, l'idée est la même. Convertir des déchets volumineux en infrastructures utiles qui ajoutent des kilowatts renouvelables.
Cette solution peut-elle être évolutive ?
Plusieurs développeurs internationaux ont déjà manifesté leur intérêt pour Blade2Sun et la société travaille sur des accords pour adapter le système à des pales plus grandes, typiques des éoliennes modernes de grande puissance. L’objectif est que la technique ne se limite pas à quelques prototypes, mais puisse être reproduite à l’échelle industrielle partout où les parcs éoliens commencent à être démantelés.
En parallèle, la société étudie des configurations hybrides dans lesquelles ces modules solaires seraient installés à la base d'éoliennes encore en activité. Cela vise une production plus stable tout au long de l’année, en profitant du vent d’hiver et du soleil d’été au même endroit.
Blade2Sun résoudra-t-il à lui seul le défi des lames abandonnées ? Probablement pas. Il faudra davantage de solutions de recyclage chimique et mécanique, de nouvelles résines et de nouvelles conceptions facilitant la réutilisation future. Cependant, des initiatives comme celle-ci montrent une voie claire. Il ne suffit pas de produire de l'énergie renouvelable, il faut aussi penser à ce qu'il advient des matériaux lorsque le dernier kilowatt est coupé.
Alors que nous regardons la facture d’électricité et demandons davantage d’énergies renouvelables, l’autre moitié de l’histoire s’écrit dans des endroits comme ces décharges à la pelle qui commencent à être vidées pour ombrager les voitures, irriguer les champs ou protéger les réservoirs d’eau avec l’électricité solaire.
Le communiqué officiel concernant la solution Blade2Sun et ses projets pilotes a été publié sur le site Turn2Sun.
L'article Les chercheurs recyclent les pales des broyeurs et ce qu'ils réalisent nous oblige à repenser la construction de ponts a été publié pour la première fois sur ECOticias.com.





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