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Cela fait peur même aux experts mais c'est 100% réel : la NASA capture depuis l'espace un trou géant dans l'Arctique et il s'avère être essentiel pour les écosystèmes marins.

Par Cécile Arnoud | Publié le 24.03.2026 à 18h23 | Modifié le 24.03.2026 à 18h23 | 0 commentaire
Imagen satelital de la NASA de un remolino oceánico en el Ártico canadiense visible como un círculo oscuro entre hielo y sedimentos.

Une image capturée depuis l'espace au-dessus d'un fjord isolé de l'Arctique canadien a fait le tour d'Internet pour un détail saisissant. Au milieu de l'eau, un cercle sombre apparaît, presque comme s'il y avait un « trou » ouvert à la surface.

L’explication, en réalité, est bien plus intéressante que la frayeur initiale. Ce que l'on voit est un tourbillon océanique entraîné par les glaces brisées et les sédiments issus de la fonte, signe de la façon dont l'été arctique (court mais intense) modifie le paysage et aussi le fonctionnement de l'écosystème marin.

Un fjord isolé relié à l'océan

La scène se déroule à Fiord Canyon, sur l'île d'Ellesmere, au sein de l'archipel arctique canadien. Selon l'Observatoire de la Terre de la NASA, cette section du fjord se trouve à environ 115 kilomètres au sud-est de la station de recherche Eureka et ses eaux finissent par se connecter au détroit de Nansen et, de là, à l'océan Arctique.

L'image a été prise le 9 août 2022 avec le capteur OLI (Operational Land Imager) du satellite Landsat 8. Cet instrument fonctionne dans les bandes visibles et proches infrarouges et peut offrir des détails environnementaux avec des résolutions allant jusqu'à 15 mètres (panchromatique) et 30 mètres (multispectral) dans une très large plage.

Il n’y a pas de véritable « trou », il y a un tourbillon d’eau

Ce cercle marqué correspond à un tourbillon océanique, un tourbillon de courants qui se forme lorsque l'eau se déplace, rencontre des obstacles, change de densité ou croise d'autres courants. Vu d’en haut, cela ressemble à un dessin parfait, mais il n’a rien de surnaturel.

La clé pour le comprendre réside dans le contraste entre les saisons. Pendant une grande partie de l'année, la glace de mer recouvre ces eaux et peut former des couches d'environ 2 mètres, ce qui ralentit le mélange dû au vent et maintient la turbidité relativement faible.

En été, la scène change brusquement. La glace se brise, se déplace au gré du vent et des courants, et le mouvement circulaire de l'eau est « marqué » par des calottes glaciaires et des particules en suspension, comme si quelqu'un avait tracé une spirale au-dessus du fjord. Et ça se voit.

La couleur turquoise vient de la farine glaciaire

La frange turquoise entourant une partie du tourbillon n’est pas une pollution ou un étrange effet de caméra. La NASA explique qu'il s'agit principalement de farine glaciaire, roche pulvérisée par le frottement du glacier contre le sol, qui est ensuite entraînée vers le fjord par l'eau de fonte.

En termes simples, il s'agit d'une poudre très fine, de la taille d'un limon ou d'une argile, qui rend l'eau laiteuse ou verdâtre, un peu comme ce que l'on voit dans certaines rivières de montagne lorsque la neige fond. Le Centre national de données sur la neige et la glace définit ce matériau comme de la poussière créée par les glaciers et expulsée par les coulées de fonte.

Un petit détail qui alimente la chaîne de la vie

Le plus curieux est que ces sédiments ne se contentent pas de « peindre » l’eau pour que le tourbillon soit visible depuis l’espace. La NASA note que la farine glaciaire peut être une source essentielle de nutriments et en souligne un en particulier, le fer soluble.

Pourquoi est-ce important ? Parce qu’une grande partie du phytoplancton (micro-organismes qui soutiennent la base des chaînes alimentaires marines) a besoin de fer pour se développer. Lorsque les conditions sont favorables, davantage de nutriments peuvent favoriser une plus grande activité biologique à la surface, avec des effets qui se propagent aux poissons, aux oiseaux et aux mammifères marins. Ce n'est pas rien.

Le tourbillon est aussi un indice sur le changement de la glace arctique

Les images semblent avoir de la glace provenant de la calotte glaciaire d'Agassiz, l'une des grandes calottes glaciaires d'Ellesmere. Et c’est ici qu’intervient le contexte climatique, car l’apport de l’eau de fonte et des sédiments dépend de l’ampleur de la fonte des glaces et de la façon dont l’eau circule en été.

Les données scientifiques montrent que la perte de masse dans cette région n’est pas un problème mineur. Une étude publiée dans Nature et résumé dans PubMed a calculé que l'archipel arctique canadien a perdu 61 ± 7 gigatonnes de glace par an entre 2004 et 2009, contribuant ainsi à hauteur d'environ 0,17 ± 0,02 millimètres par an à l'élévation du niveau de la mer. En outre, les travaux ont détecté une forte augmentation du taux de perte entre 2004-2006 et 2007-2009, associée à des étés plus chauds.

À l’échelle mondiale, les chiffres aident également à remettre l’histoire à sa place. Une analyse publiée dans Frontiers in Earth Science estime que les glaciers du monde (à l'exclusion du Groenland et de l'Antarctique) ont perdu en moyenne 199 ± 32 gigatonnes par an entre 2002 et 2016, ce qui équivaut à environ 8 millimètres d'élévation cumulée du niveau de la mer au cours de cette période.

Que doit retenir le lecteur de cette image ?

Tout d’abord, c’est une bonne idée de baisser le volume du titre viral. Il n’y a pas eu de « trou ouvert » dans la mer, ce que nous voyons est la dynamique naturelle de l’océan, capturée juste au moment où la glace et les sédiments rendent visible le mouvement.

Deuxièmement, la photo rappelle pourquoi l’observation par satellite est si précieuse. Dans les endroits où il n'y a pas de routes ni de mesures constantes, des capteurs comme OLI permettent de suivre en détail les changements dans la glace, l'eau et les sédiments, année après année.

Et troisièmement, l’histoire a une connotation inconfortable. La fonte des glaces fournit des nutriments qui peuvent alimenter la vie dans la mer, certes, mais elle fait également partie d’un système qui perd de la glace et contribue à l’élévation du niveau de la mer. En fin de compte, ce qui semble être une curiosité visuelle est une fenêtre sur un Arctique qui évolue plus rapidement qu’on ne le pense parfois.

L'explication complète et les images officielles ont été publiées sur POT.

L'entrée Cela effraie même les experts mais elle est 100% réelle : la NASA capture depuis l'espace un trou géant dans l'Arctique et il s'avère être la clé pour les écosystèmes marins a été publiée pour la première fois sur ECOticias.com.

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