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En Espagne, les rats ont développé une résistance aux poisons les plus toxiques et l'Europe demande au gouvernement d'agir

Par Cécile Arnoud | Publié le 28.03.2026 à 12h23 | Modifié le 28.03.2026 à 12h23 | 0 commentaire
Rata urbana en España con resistencia a venenos en entornos urbanos europeos.

Dans de nombreuses villes européennes, les rats ne constituent plus un « problème d’égouts » que presque personne ne voit. Désormais, ils apparaissent dans les parcs, à côté des conteneurs et dans les zones touristiques, là où cela dérange le plus. Et en Espagne, un chiffre impressionnant circule (environ 20 millions), basé sur les estimations des entreprises du secteur et non sur un recensement officiel.

La nouveauté est que le débat ne porte plus seulement sur la mise en place de plus de poison ou de plus de pièges. On parle de plus en plus d’une idée différente (arrêter les naissances avec des appâts contraceptifs) et de la raison pour laquelle l’Europe est plus lente que d’autres pays à approuver de nouveaux outils. Entre-temps, la Commission européenne a ouvert une évaluation du règlement sur les produits biocides, précisément en raison des retards et du manque d'innovation qui durent depuis des années.

Un problème important et difficile à mesurer

La première chose à savoir est que compter les rats est presque impossible. Il n’existe pas de « recensement des rats » comparable entre les pays, et les chiffres sont généralement des approximations faites à partir de plaintes de quartier, d’interventions et de modèles de lutte antiparasitaire.

Certaines villes mettent néanmoins des chiffres sur la table. Bruxelles, par exemple, estime que la région pourrait abriter « jusqu'à deux millions » de rats, un chiffre cité dans les communications et la couverture locale sur les interventions de contrôle et les budgets.

À Rome, les projecteurs ont fait la une des journaux il y a quelque temps autour du quartier du Colisée et la mairie elle-même a parlé d'« environ 7 millions » dans une déclaration rapportée par les médias internationaux.

Pourquoi le poison ne semble plus suffisant

Pendant des décennies, le « plan A » dans de nombreuses villes a été le rodenticide, souvent un anticoagulant. Cela fonctionne, oui, mais il présente deux problèmes qui se répètent encore et encore.

Le premier est l’effet rebond. Lorsqu'une campagne réduit la population, les survivants se retrouvent avec plus de nourriture et plus d'espace. Résultat, ils se reproduisent davantage et le manque est à nouveau comblé. En pratique, cela devient une roue qui ne peut être brisée en tuant seul. Et ça se voit.

Le deuxième est la résistance et le coût environnemental. Il existe des populations de rongeurs présentant une résistance documentée aux anticoagulants (en partie liée à des modifications génétiques) et, en outre, ces composés peuvent affecter d'autres animaux par empoisonnement secondaire lorsque des prédateurs ou des charognards mangent des rongeurs empoisonnés.

À cela s’ajoute quelque chose de moins visible mais essentiel. Les anticoagulants ne tuent généralement pas instantanément, et dans la gestion urbaine, il y a une pression croissante pour réduire la souffrance animale, sans pour autant baisser la garde de la santé publique.

Rats en France | DW Espagnol

L’alternative qui fait son chemin

C’est ici qu’intervient le contrôle de la fécondité. Au lieu de chercher à éliminer les rats sans arrêt, l’idée est de réduire les naissances pour que la population diminue plus lentement mais plus régulièrement, surtout si elle est combinée à la prévention.

Un exemple largement cité en dehors de l’Europe est celui de ContraPest, enregistré par l’agence environnementale des États-Unis comme « appât liquide pour la réduction de la capacité de reproduction des rats », destiné à être utilisé dans des stations d’appâtage sécurisées et non destiné au consommateur national.

Cela signifie-t-il qu’une ville introduit la contraception et que le problème est résolu ? Non. Ces méthodes ne sont pas un bouton « supprimer les rats », mais plutôt un outil supplémentaire dans une approche de gestion intégrée. Si le quartier continue à proposer un buffet sans déchets, l’avantage est dilué.

Le frein européen et les petits caractères

Dans l'Union européenne, les produits destinés à contrôler les organismes « indésirables » (y compris les rongeurs) relèvent du Règlement sur les produits biocides (Règlement (UE) 528/2012). La norme vise à protéger la santé humaine, la santé animale et l'environnement, et fonctionne selon un système en deux étapes (approuver les substances actives puis autoriser les produits).

Le problème est que ce même cadre, conçu pour être exigeant, peut aussi devenir lent. La Commission elle-même reconnaît des retards « substantiels » dans les approbations et autorisations et parle également d'une innovation limitée dans les nouvelles substances biocides. C'est pourquoi il a lancé une évaluation et une consultation publique qui se poursuit.

Dans ce contexte, plusieurs voix dans le domaine du bien-être animal et de la gestion urbaine demandent des solutions plus agiles pour des solutions non létales et avec moins d'impact, sans abaisser la barre de sécurité. C’est logique, mais la nuance est importante. Un contraceptif n’est pas automatiquement « inoffensif » simplement parce qu’il ne s’agit pas d’un poison classique, et l’Europe exige des preuves solides avant d’ouvrir la porte.

Ce qui fonctionne dans la vraie vie

La partie la moins glamour est la plus efficace. Règles de poubelle. A Bruxelles, on le dit sans détour, avec des campagnes et des déclarations qui vont dans le même sens, que « les rats seront toujours présents dans les grandes villes » et que le véritable objectif est de contenir la surpopulation, en réduisant l'accès à la nourriture.

Ce qui change la donne, c’est donc la prévention. Conteneurs fermés, évacuation rapide des déchets, contrôle des points de restauration dans les parcs et entretien des bâtiments et des réseaux. Même quelque chose d'aussi banal que de laisser des sacs cassés après les heures d'ouverture est, pour un rat, une invitation.

En Espagne, les associations du secteur de la santé environnementale alertent depuis des mois sur des pics dans plusieurs villes et pointent généralement du doigt un mélange connu (déchets, eaux usées, travaux, climat plus doux). Ce n'est pas seulement une mode des médias sociaux.

Les informations officielles sur l'évaluation de la réglementation des produits biocides ont été publiées sur le site Internet du Commission européenne.

L'article Les rats d'Espagne ont développé une résistance aux poisons les plus toxiques et l'Europe demande au gouvernement d'agir a été publié pour la première fois sur ECOticias.com.

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