La chasse menace 88 % des forêts tropicales : la carte de la faune sauvage manque de coins tranquilles. L'empreinte humaine avance très vite sur les jungles, et les sentiers que nous ouvrons permettent à la chasse d'aller toujours plus loin.
Se promener dans une montagne ne garantit pas qu'elle soit saine : de nombreux paysages ont leurs arbres intacts, mais ils sont restés sans animaux. La proximité des villes fait la différence entre un refuge vivant et une forêt silencieuse.
L'Asie et l'Amazonie sont aujourd'hui les zones où cet impact est le plus sensible, tandis que dans certaines régions d'Afrique, elles parviennent à suivre le rythme un peu plus sereinement dans leurs zones protégées.
La chasse menace 88% des forêts tropicales
En 2015, 88 % des zones tropicales avaient une probabilité de chasse supérieure à 50 %, et seulement 0,03 % de ces zones pouvaient être considérées comme des refuges fauniques car la probabilité était inférieure à 20 %.
Aujourd'hui, grâce à l'étude menée par des chercheurs du Musée national des sciences naturelles (MNCN-CSIC) et de la Station biologique de Doñana (EBD), tous deux du CSIC, nous savons que la chasse et la menace qu'elle fait peser sur la biodiversité sont beaucoup plus répandues qu'on ne le pensait auparavant sous les tropiques, la zone continentale où se concentre le plus grand nombre d'espèces de la planète.
L'équipe de recherche est parvenue à cette conclusion après avoir préparé les premières cartes mondiales standardisées, l'une de 2000 et l'autre de 2015, qui prédisent la probabilité de chasse dans les forêts tropicales.
Les données, publiées aujourd'hui dans le magazine Durabilité de la naturemontrent comment cette pratique progresse vers certaines des dernières zones de la planète restées relativement intactes.
Le problème de la chasse
La chasse menace 88 % des forêts tropicales : c'est une activité qui ne peut être considérée comme négative dans tous les contextes, car elle fait partie intrinsèque du mode de vie de certaines cultures qui cohabitent avec leur environnement naturel. Cependant, d’autres formes d’exploitation non durables, comme la chasse commerciale et le commerce illégal d’espèces, menacent de plus en plus l’intégrité écologique des forêts tropicales.
« Lorsque le contrôle de ces activités est réduit, la chasse à la faune sauvage devient l'une des principales causes de perte de biodiversité dans le monde. Ce que nous avons réussi avec ces cartes, c'est de montrer précisément où se concentre cette pression et comment elle évolue au fil du temps », explique Ana Benítez, chercheuse au MNCN.
À l’aide d’algorithmes d’apprentissage automatique, l’équipe a comparé des centaines d’études sur la pression de chasse entre 2000 et 2015 avec des informations provenant de 2 463 sites répartis en Afrique, en Asie et en Amérique tropicale, qui incluent l’analyse de variables écologiques et socio-économiques.
La chasse menace 88 % des forêts tropicales : les données ont montré une augmentation significative de la probabilité d'une chasse accrue à l'échelle mondiale et ont généré un ensemble de cartes à haute résolution (1 km²) qui estiment la probabilité de chasser n'importe où dans les forêts tropicales.
La chasse de plus en plus répandue
L'accessibilité est le principal facteur expliquant pourquoi la chasse menace 88% des forêts tropicales. En fait, la probabilité augmente considérablement dans les zones situées à moins de 25 kilomètres des villes et villages, ce qui fait de la distance aux établissements humains le prédicteur le plus important.
« L’expansion des infrastructures et l’accès accru aux zones reculées facilitent l’expansion géographique de formes de chasse non durables dans des régions qui restaient jusqu’à récemment relativement protégées », explique Martin Philippe, chercheur au MNCN.
« Cette tendance est particulièrement inquiétante car elle peut provoquer l'effet de forêts vides : des écosystèmes qui maintiennent apparemment leur couvert forestier, mais qui ont perdu une grande partie de leur faune à cause de la surexploitation », précise le chercheur.
Les augmentations les plus notables ont été enregistrées dans la zone indo-malaisienne et dans certaines régions néotropicales, tandis que l'Afrique tropicale a montré une situation relativement stable.
« Les plus grandes expansions ont été observées à la fois dans des régions comme l'Asie du Sud-Est, où la pression humaine est très forte, et dans des zones historiquement considérées comme éloignées, comme de vastes zones du bassin amazonien. Les refuges les plus importants sont situés dans des zones où l'isolement géographique continue de rendre l'accès difficile, comme l'intérieur de Bornéo, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'Afrique centrale et l'ouest de l'Amazonie », explique Iago Ferreiro-Arias, chercheur du MNCN.
Un nouvel outil pour la conservation de la biodiversité
La chasse menace 88 % des forêts tropicales : contrairement à d’autres menaces environnementales, comme la déforestation ou l’urbanisation, la chasse est difficile à détecter grâce à la télédétection et aux images satellites, d’où la pertinence de ces cartes qui fournissent des données aussi pertinentes qu’inconnues jusqu’à présent.
Savoir comment la chasse augmente est vital pour la planification de la conservation, un outil de base pour la mise en œuvre du Cadre mondial Kunming-Montréal pour la biodiversité et des objectifs de développement durable des nations.
« Notre objectif n'est pas de remplacer les connaissances locales ou les évaluations de terrain, mais de fournir une couche d'informations standardisée qui nous permet de comprendre où l'exposition potentielle à la chasse est la plus importante et comment cette exposition évolue au fil du temps », conclut Philippe-Lesaffre.
Pour prendre soin de la nature, il ne suffit pas de regarder les photos prises depuis l’espace. Poser un diagnostic précis sur le terrain est essentiel si l'on veut réagir à temps et protéger la biodiversité encore debout.





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