Une histoire a commencé à circuler avec une image très puissante. Des centaines de tortues relâchées aux confins du Sahara, des tunnels sous le sable et des taches vertes apparaissant là où il n'y avait auparavant que du sol dur. Cela ressemble presque à une histoire écologique, mais c’est précisément pourquoi il vaut la peine d’examiner attentivement les données avant de les tenir pour acquises.
Ce qui est documenté est tout aussi intéressant, quoique moins spectaculaire. Au Sénégal, il existe de véritables programmes de réintroduction de la tortue selle africaine (Centrochelys sulcata) dans la zone du Ferlo et dans la réserve communautaire de Koyli Alpha. Le chiffre de 500 exemplaires n’est cependant pas étayé par les sources officielles examinées. Et cette nuance change pas mal l’actualité.
Le personnage change l’histoire
L'African Chelonian Institute note qu'un premier groupe de 20 tortues selles a été réintroduit à Koyli Alpha en 2017, avec le soutien de la FAO/Action contre la désertification et du Turtle Conservation Fund. Il indique également qu'un autre groupe de 38 spécimens était en préparation avec le soutien de l'Aquarium de Monaco. Ce n'est pas 500, mais ce n'est pas non plus un détail mineur.
Par ailleurs, l'Institut océanographique de Monaco a documenté en 2022 le transfert de 46 mineurs vers le Sénégal pour renforcer les populations locales. Le plan comprenait la quarantaine, l'acclimatation, l'introduction au Koyli Alpha et une surveillance pendant deux ans. En conservation, ce mot compte beaucoup. Suivi.
Pourquoi est-il si important de corriger le chiffre ? Parce qu’une exagération peut masquer la chose la plus précieuse. La véritable histoire ne parle pas d’une solution miraculeuse, mais de la manière dont le retour d’une espèce indigène peut aider à reconstruire des processus écologiques perdus.
Un animal qui travaille la terre
La Centrochelys sulcata n’est pas n’importe quelle tortue. C'est l'une des plus grandes tortues terrestres continentales au monde et peut dépasser les 100 kilos, selon le communiqué de l'Institut océanographique de Monaco. Il est également menacé par le piégeage, le commerce, la consommation et la perte d'habitat liée au surpâturage.
Son rôle écologique va au-delà de la marche lente dans la savane sèche. Une revue publiée dans Frontiers in Ecology and Evolution inclut Centrochelys sulcata parmi les reptiles ayant des fonctions de broutage, de broutage et de fouissage. C’est-à-dire des animaux capables de modifier physiquement leur environnement.
En pratique, cela signifie que leurs terriers peuvent créer de petits abris plus frais et plus humides que le sol extérieur. Dans un paysage où la pluie arrive peu et s’en va rapidement, toute fissure permettant de retenir l’eau peut faire la différence. Cela ne transforme pas le Sahel en jungle, mais cela peut ouvrir une porte.
Koyli Alpha, le lieu clé
La réserve de Koyli Alpha se situe au sein du Ferlo, une zone sahélienne du nord du Sénégal où la pression climatique et humaine est perceptible depuis des décennies. Le projet OHM Tessékéré, lié au DRIIHM et au CNRS, explique que cette zone présente des températures annuelles moyennes proches de 40 ºC et de faibles précipitations, de l'ordre de 200 à 300 millimètres par an.
Ce même projet indique que la réserve communautaire a été créée par la FAO en collaboration avec la Grande Muraille Verte, dans le cadre du programme « Action contre la désertification ». L’objectif n’était pas seulement de planter des arbres, mais de conserver les écosystèmes agrosylvopastoraux et de mieux gérer la biodiversité avec les communautés locales.
Il existe également des données d'observation par satellite. Un document Visioterra sur Sentinel-2 indique que, selon la FAO, à Koyli Alpha, 4 500 hectares de terres dégradées ont été restaurées et la faune a été réintroduite dans une réserve communautaire. Dans ce même texte, il est question de 20 tortues introduites depuis juin 2018, et non de 500.
Tout ce qui est vert ne vient pas des tortues
Voici la partie qui vous oblige à ralentir un peu. Les taches vertes observées par satellite à Koyli Alpha ne peuvent être attribuées aux seules tortues avec les informations disponibles. Le document Visioterra les relie aux parcelles de reboisement et aux travaux de restauration végétale entre 2015 et 2019.
Cela n’enlève rien à la valeur des tortues. Au contraire. Il les place à leur place réelle, comme une pièce supplémentaire au sein d’une œuvre beaucoup plus vaste. Il y a les plantations, la protection des sols, la récupération de la faune, la surveillance locale et la gestion communautaire. La nature aide, mais elle ne fonctionne pas seule si tout autour d’elle continue de se dégrader.
En fin de compte, c’est la leçon la plus utile pour ceux qui vivent loin du Sahel. La restauration d’un écosystème ne se résume généralement pas à une photo avant et après. Il s’agit d’un processus long, avec des progrès lents, des erreurs et de nombreuses mains impliquées.
Une espèce qui a aussi besoin d’aide
Le paradoxe est clair. La même tortue qui peut contribuer à améliorer le sol doit également être sauvée. Le projet DRIIHM rappelle que Centrochelys sulcata est classé « en danger » sur la Liste rouge de l'UICN et est inscrit à l'Annexe II de la CITES.
L'Institut océanographique de Monaco l'explique directement. Ces tortues souffrent de la capture pour la vente comme animal de compagnie ou comme amulette, de la consommation de leur viande, du marché noir des carapaces et de la destruction de leur habitat. Ce n'est pas rien.
C’est pourquoi la réintroduction ne consiste pas à relâcher les animaux et à partir. Lamine Diagne, directeur du Village des Tortues, a expliqué que la quarantaine visait à habituer les juvéniles au climat, à l'alimentation et au nouvel environnement, en plus de contrôler leur état de santé avant toute introduction dans la nature.
La leçon du Sahel
L’histoire virale des 500 tortues fonctionne parce qu’elle résume un simple espoir. Si nous rendons à la nature les morceaux perdus, le paysage commencera peut-être à se guérir. Mais la version vérifiable est plus prudente et, dans une large mesure, plus précieuse.
À Koyli Alpha, il n’existe pas de « remède magique » contre la désertification. Il y a une réserve communautaire, un projet de restauration, une faune réintroduite, des images satellite et des scientifiques qui tentent de mesurer ce qui se passe réellement. L’horloge climatique tourne, et dans des endroits comme le Sahel, on s’en aperçoit plus tôt que presque partout ailleurs.
La tortue sillonnée ne va pas à elle seule arrêter l’avancée de la dégradation. Mais cela peut vous rappeler quelque chose qui est parfois oublié dans les grands plans verts. Restaurer un écosystème ne consiste pas seulement à planter des arbres. Il s’agit également du retour des animaux, des sols vivants et des relations écologiques qui font respirer à nouveau le paysage.
Le communiqué officiel le plus récent sur cette réintroduction a été publié par le Institut Océanographique de Monaco.
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