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Le Maroc plante des arbres dans le désert avec un dispositif qui capte la rosée nocturne et l'humidité de l'air pour les arroser sans avoir besoin de pluie : 95 % des arbres survivent et ils ont déjà récupéré 1 200 hectares

Par Cécile Arnoud | Publié le 11.07.2026 à 19h23 | Modifié le 11.07.2026 à 19h23 | 0 commentaire
Marruecos planta árboles en el desierto con un dispositivo que captura el rocío nocturno y la humedad del aire para regarlos sin necesidad de lluvia: el 95% de los árboles sobrevive y ya han recuperado 1.200 hectáreas

Le Maroc a décidé de changer sa manière de reboiser ses zones les plus arides. L'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a déployé à Souss-Massa une technologie appelée Waterbox, un petit réservoir intelligent qui aide les jeunes arbres à survivre là où l'eau est rare et la chaleur est chaude. Le fait le plus frappant est clair. Plus de 1 200 hectares ont déjà été reboisés avec ce système et la survie des plants dépasse les 95 %.

Ce n’est pas une mince affaire dans un pays qui souffre de graves sécheresses depuis des années. En pratique, l'idée est simple. Si vous ne pouvez pas arroser comme avant, vous devez vous assurer que chaque goutte dure plus longtemps, atteint mieux les racines et se perd moins par évaporation. Et c’est là que cette boîte à eau entre en jeu.

Une box contre la sécheresse

La Waterbox est placée autour de l’arbre lors de sa plantation. Sa fonction est de capter l’eau de pluie, la rosée et l’humidité ambiante, de la stocker et de la restituer petit à petit aux racines. De cette façon, il protège la plantule pendant l'une de ses étapes les plus délicates, lorsqu'elle n'a pas encore de racines profondes pour se défendre.

Qu'est-ce que cela signifie sur le terrain ? Que le jeune arbre ne dépend pas tellement de l'irrigation conventionnelle, précisément dans les régions où amener l'eau à chaque plantation peut être coûteux et compliqué. De plus, le réservoir réduit l'évaporation provoquée par les températures élevées, cet ennemi silencieux qui, dans les zones arides, peut ruiner une campagne de reboisement en quelques semaines.

La clé n’est pas seulement de donner de l’eau, mais de la donner lentement. Le système encourage les racines à rechercher la profondeur, ce qui est essentiel pour que l'arbre puisse mieux résister à l'arrivée des mois les plus secs.

Les données Souss-Massa

Les résultats les plus marquants proviennent de la région marocaine de Souss-Massa. Selon les informations publiées sur le projet, la technologie a permis de reboiser plus de 1 200 hectares et d'atteindre des taux de survie des semis supérieurs à 95 %.

Mohamed Hilali, chef du district d'aménagement du périmètre forestier Agadir-Inezgane, a expliqué qu'en 2025 plus de 1.200 hectares ont été couverts par cette technique dans Souss-Massa. Il a également noté que le déploiement a généré « une productivité et des résultats remarquables ».

Ce chiffre est important car le reboisement dans les zones sèches a généralement un problème sous-jacent. Planter des arbres est relativement facile. Les faire rester en vie après le premier été est une autre histoire.

Argan fait gagner du temps

Parmi les espèces qui en bénéficient le plus figure l’arganier, arbre clé pour le paysage, l’économie locale et la biodiversité de cette région du Maroc. Nous ne parlons pas seulement d'un arbre joli ou symbolique. L'arganier soutient les sols, contribue à stopper la dégradation des terres et fait partie d'activités rurales très importantes.

Le problème est que la sécheresse et le stress hydrique fragilisent ces écosystèmes. Lorsque les jeunes arbres ne prospèrent pas, le sol devient plus exposé, l’érosion progresse et la récupération devient de plus en plus difficile. C'est une chaîne. Et ça se voit.

C'est pourquoi la Waterbox peut être plus qu'une curieuse invention. Cela peut devenir un outil pratique pour restaurer les terres dégradées sans dépendre d’une irrigation constante, ce qui est particulièrement précieux lorsque l’eau est devenue une ressource trop fragile.

Moins d'eau et moins de coûts

L'ANEF a également choisi de fabriquer un modèle local de Waterbox. Selon la couverture marocaine du projet, cela permet d'adapter le dispositif aux conditions climatiques nationales et de réduire les coûts. LesEco rapporte que le coût unitaire est passé de 150 à 45 dirhams avec la version produite au Maroc.

Ce détail économique est important. Une technologie peut très bien fonctionner sur une parcelle pilote, mais si elle est trop coûteuse, elle reste une vitrine. En revanche, s’il est rendu moins cher et fabriqué à proximité, il peut atteindre davantage de zones et être entretenu plus longtemps.

Des améliorations techniques ont également été notées dans la version locale, comme une plus grande capacité des réservoirs. Selon LesEco, le modèle national atteint 20 litres contre 15 litres du modèle précédent. Dans les zones arides, cinq litres peuvent sembler peu dans un bureau, mais sur le terrain, cela peut faire la différence.

Fait partie d'un plan plus vaste

Le déploiement de Waterbox n’apparaît pas comme une mesure isolée. Il s'inscrit dans la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 », avec laquelle le Maroc cherche à moderniser la gestion forestière, à protéger la biodiversité et à adapter ses écosystèmes au changement climatique. L'Agence française de développement souligne que cette stratégie allie conservation de la biodiversité et développement économique durable du secteur forestier.

Dans le Souss-Massa, le programme régional mobilise 2 milliards de dirhams pour la période 2021-2030. Ses objectifs incluent la régénération de 50 000 hectares d'arganiers, le reboisement de 5 000 hectares et la lutte contre la désertification sur 4 000 hectares. Entre 2020 et 2025, plus de 10 000 hectares avaient déjà été plantés.

Au fond, ce que recherche le Maroc, c’est gagner en résilience. Il ne s’agit pas seulement de planter pour le plaisir de planter, mais aussi de créer des forêts et des paysages plus à même de résister à un climat de plus en plus sec et extrême.

Ce qui reste à voir

Le grand défi sera désormais de vérifier si ces résultats se maintiennent à grande échelle et pendant plusieurs années. Un taux de survie de plus de 95 % est un chiffre très élevé, mais le véritable test viendra lorsque ces plants grandiront, feront face à de nouvelles sécheresses et auront moins besoin d’aide humaine.

L'entretien, le choix des espèces et la gestion des sols devront également être surveillés. La Waterbox peut être d’une grande aide, mais elle ne remplace pas une politique forestière complète. C'est un outil, pas une baguette magique.

Pourtant, le signal est clair. Dans un monde où de nombreuses zones arides perdent de la végétation année après année, le Maroc prouve qu'une innovation simple, bien adaptée au territoire, peut redonner de l'air aux jeunes arbres et du temps aux écosystèmes. Parfois, vaincre le désert commence par quelque chose d’aussi fondamental que de mieux économiser l’eau.

La note d'information de référence sur le déploiement de Waterbox à Souss-Massa a été publiée par la MAP et collectée par Temps verts.

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