La scène a enflammé les réseaux locaux en quelques heures et catalysé une colère diffuse depuis des années. Dans une forêt de l’Oise, une battue assimilée à de la vénerie a suscité une pétition qui a franchi le cap de 20 000 signatures. Entre défense de la biodiversité, sécurité des usagers et héritage d’un rite séculaire, l’équation s’embrase.
Une forêt sous tension
Dans le massif boisé, très fréquenté par des familles et des sportifs, les associations dénoncent une montée des incidents et une cohabitation devenue explosive. « On ne veut pas empêcher les promenades, on veut juste rentrer chez nous en sécurité », souffle une habitante, encore secouée par une matinée où des chiens de chasse ont débouclé près d’un chemin scolaire.
Les opposants assurent que la pression cynégétique déborde du domaine forestier, avec des meutes qui « traversent des routes » et des animaux traqués « jusque dans des jardins ». Les veneurs, eux, parlent de fantasmes et de exagérations, invoquant un cadre légal strict et des équipes formées.
Chasse à courre, battue : ce que dit la loi
La chasse à courre, appelée vénerie, consiste à poursuivre un animal à l’aide d’une meute et se distingue de la battue, où des postés tirent sur le gibier poussé vers eux. Dans les faits, les deux pratiques cohabitent en forêt de l’Oise, sous autorisations préfectorales, calendriers déclarés et périmètres de sécurité imposés par le Code de l’environnement.
« Tout est déclaré, tout est encadré », assure un veneur local, rappelant que les équipages doivent signaler leurs sorties, prévenir l’ONF et respecter des distances de sécurité. Les collectifs anti-chasse rétorquent que « le droit ne règle pas tout », et que le simple passage d’une meute dans un espace partagé suffit à créer des risques.
Pourquoi la pétition explose
La pétition, lancée par un collectif de riverains et d’associations, cristallise trois peurs: le danger pour les usagers, la souffrance animale, et l’impact sur les écosystèmes. « On ne veut plus que nos enfants croisent une traque à la sortie de l’école », peut-on lire parmi les commentaires. D’autres évoquent « un cerf poussé jusqu’aux portes d’un lotissement », image devenue symbole des dérives.
Les signataires s’appuient sur plusieurs arguments: la forêt n’est plus un espace isolé, mais un lieu de loisirs où joggeurs, cyclistes et cavaliers se croisent; la faune est fragilisée par le morcellement des habitats; et la société n’accepte plus la mise à mort ritualisée d’un animal, fût-elle légale. « Ce n’est pas une guerre contre les chasseurs, c’est une guerre contre l’insécurité », résume un parent d’élève.
Les chasseurs contre-attaquent
Côté veneurs et postés, le discours est rodé: la chasse régule des populations de sangliers et de cervidés en forte hausse, responsables de dégâts agricoles et de collisions routières. « Si on arrête, on ferme les yeux sur des surpopulations qui dévastent des cultures et dégradent la forêt », plaide un maître d’équipage. Les chasseurs affirment aussi contribuer au pare-feu sanitaire, au financement de la gestion et à une présence régulière dissuasive contre le braconnage.
Ils dénoncent une stigmatisation systématique, des vidéos « sorties de leur contexte » et une méconnaissance du terrain. « On est prêts à dialoguer, à adapter des parcours, à améliorer la signalisation », concèdent-ils, « mais pas à disparaître d’un trait de plume. »
Un espace commun qui se cherche
La forêt de l’Oise est un carrefour de pratiques et de émotions. Entre le droit de chasser et le droit de se promener, les élus locaux cherchent des compromis. « L’objectif, c’est d’éviter la confrontation, pas de dresser des murs », confie un maire d’une commune en lisière, évoquant des réunions de médiation avec l’ONF, les équipages et les associations.
Certains outils existent déjà, mais restent inégaux: panneaux de signalisation posés tardivement, calendriers peu consultés, applications de géolocalisation non mutualisées. Le moindre raté réactive le feu des polémiques.
Ce que demandent les signataires
Les porteurs de la pétition ne réclament pas tous la prohibition totale. Beaucoup poussent une feuille de route intermédiaire, à mettre en œuvre dès la prochaine saison:
- Des « jours sans chasse » garantis le week-end et pendant les vacances, une signalisation renforcée et en temps réel, des zones de refuge où toute poursuite est interdite, un calendrier public facilement consultable, et une médiation indépendante en cas d’incident.
« On ne veut plus découvrir une traque au dernier moment », martèle une bénévole. « Prévenez, balisez, respectez des couloirs pour les usagers, et cessez la poursuite quand l’animal se réfugie en zone habitée. »
Et maintenant ?
Le préfet est attendu au tournant, sommé d’arbitrer entre tradition et apaisement. Des expérimentations de « zones tampons », d’horaires bornés et de cartes interactives partagées pourraient sortir du chapeau. Les chasseurs promettent de jouer le jeu si « tout le monde respecte les règles »; les opposants disent qu’ils resteront mobilisés tant que « la peur sera présente ».
Dans l’Oise, la forêt reste un bien commun, mais aussi un miroir de nos contradictions. À défaut de consensus, un principe s’impose: la sécurité et la prévisibilité des usages ne doivent plus être un luxe, mais un standard. Et si la pétition a franchi 20 000 noms, c’est qu’au-delà de la chasse, c’est la façon d’habiter la forêt qui est, elle aussi, mise en chasse.




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