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Gibraltar remplit la mer et les conséquences pourraient être très prochainement visibles en Andalousie : elle altère les processus naturels

Par Cécile Arnoud | Publié le 29.03.2026 à 20h23 | Modifié le 29.03.2026 à 20h23 | 0 commentaire
Proyecto Eastside en Gibraltar con rellenos al mar junto al Peñón en el Estrecho.

Le débat sur Gibraltar a relancé, mais cette fois avec un objectif très précis. « Remplir la mer », c’est-à-dire gagner du terrain grâce à l’eau pour étendre les terres disponibles, inquiète les scientifiques et les groupes environnementaux car le détroit n’est pas n’importe quelle mer. C'est une zone étroite, avec des courants intenses et des espaces protégés très proches.

Par ailleurs, le nouvel accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni « concernant Gibraltar » a réactivé le bruit politique. La Junta de Andalucía soutient que le texte n'établit pas de mesures environnementales claires pour contrôler des actions telles que ces décharges. Et quand on parle de marées, de sédiments et de vie marine, ce qui semble petit sur la carte peut être très visible sur la côte.

Gagner du terrain sur la mer, ce n’est pas seulement jeter des pierres

Le remplissage des mers consiste à créer une nouvelle surface sur le fond marin avec de la roche, du sable ou d'autres matériaux. Ils sont utilisés dans les ports et les villes côtières, mais ils modifient toujours quelque peu le plateau, ne serait-ce que localement, car ils modifient le relief du fond et la forme de la côte.

A Gibraltar, cette pratique semble liée au manque de terres. Un exemple bien connu est le projet « Eastside », qui a déjà fait l'objet en 2007 d'une évaluation d'impact environnemental et d'un résumé non technique publié par le gouvernement de Gibraltar lui-même. Il décrit un développement urbain sur une zone partiellement gagnée sur la mer, avec une proposition d'extension du territoire vers la mer et avec une modélisation des vagues, des courants et des marées.

Pourquoi le détroit est particulièrement délicat

Le détroit de Gibraltar fonctionne comme une « porte » entre l’Atlantique et la Méditerranée. Ce n’est pas une image poétique, c’est de la physique pure. Il y a un échange continu de masses d'eau et, en parallèle, les marées mettent de l'énergie supplémentaire dans un passage déjà étroit, comme si l'on serrait un tuyau.

Ce dynamisme entretient une biodiversité tout à fait unique et explique aussi pourquoi toute modification du littoral est regardée à la loupe. Du côté espagnol, par exemple, il existe la zone spéciale de conservation « Estrecho Oriental », au sein du réseau Natura 2000, déclarée par décret royal et avec des mesures de conservation associées.

L’alarme du Conseil et l’avertissement des écologistes

Le gouvernement andalou a clairement élevé le ton. La conseillère Catalina García a déclaré que l'accord laisse le « libre arbitre » sur les questions telles que le remplissage, et que ces travaux « modifieront les marées » et pourraient affecter « la flore et la faune » de l'environnement. Il a également expliqué que depuis un certain temps, ils font part de leurs inquiétudes au ministère des Affaires étrangères par des « ratés » et qu'ils ne voient pas un contrôle environnemental suffisant.

En parallèle, des organisations comme Verdemar Ecologistas en Acción affirment que le traité entraînera, « en pratique », un manque de protection de quelque 25 000 hectares du réseau Natura 2000 et dénoncent des activités qu'elles considèrent comme ayant un impact élevé, notamment la mise en décharge et l'ancrage de navires. C'est une accusation grave, mais il faut la lire pour ce qu'elle est, la position d'un groupe environnemental qui demande plus de garanties et plus de vigilance.

Ce que disent les évaluations et quel rôle joue l’Europe

Voici la partie la moins voyante, mais la plus importante. Dans l'Union européenne, il existe une obligation d'évaluer les impacts environnementaux et, lorsqu'un projet peut affecter un autre pays, une procédure transfrontalière est activée. La Commission européenne l'a résumé ainsi dans une réponse parlementaire sur les décharges de Gibraltar, rappelant que l'obligation d'informer l'État touché naît lorsque des effets significatifs sont prévus ou lorsque l'État potentiellement touché le demande. Il a également précisé que l'article correspondant ne confère pas à la Commission un rôle direct dans cette consultation.

Concernant le projet Eastside, la documentation publique du gouvernement de Gibraltar lui-même indique que des études numériques ont été réalisées et que, pendant l'opération, les impacts sur les marées, les courants et les vagues ont été considérés comme « négligeables ou non significatifs », même si des mesures d'atténuation ont été recommandées pour d'éventuels changements dans la morphologie des plages et des contrôles de la qualité de l'eau, notamment lors du dragage. En pratique, cela signifie que le point critique n'est pas seulement le plan final, mais aussi la manière dont les travaux sont exécutés, avec quels matériaux et avec quel suivi.

Une analyse universitaire de l'Université de Cadix passe également en revue les réponses historiques de la Commission aux plaintes concernant les décharges et rappelle un schéma répété. Bruxelles s'appuie généralement sur les informations disponibles et, si elle ne constate pas de preuves claires de non-conformité, elle ne conclut pas à l'infraction, ce qui remet l'accent sur la qualité des évaluations, la transparence et un véritable contrôle sur le terrain.

Ce qu'il faut surveiller maintenant pour éviter de répéter les erreurs

La question pratique est simple. Que faudrait-il faire pour que cela ne devienne pas un « on verra » ? La première chose est que toute action à impact potentiel partage des données et pas seulement des promesses, avec un suivi de la turbidité, des sédiments, de la qualité de l'eau et de l'évolution des plages, avant, pendant et après les travaux.

La deuxième chose est la coordination. L’accord entre l’UE et le Royaume-Uni lui-même « concernant Gibraltar » comprend un chapitre « Environnement et climat » et reconnaît que l’Union et Gibraltar partagent « une biosphère commune » en ce qui concerne la pollution transfrontalière. Cela semble bien, mais le défi consiste à le traduire en procédures concrètes, avec des indicateurs, des rapports publics et la capacité d'agir en cas de problème. Parce que la mer n’attend pas que la politique s’accorde.

Le texte officiel en espagnol de l'accord entre l'UE et le Royaume-Uni concernant Gibraltar peut être consulté, publié par La Moncloa dans ce Accord concernant Gibraltar.

L'entrée de Gibraltar remplit la mer et les conséquences pourraient être remarquées très prochainement en Andalousie : elle altère les processus naturels, a été publiée pour la première fois sur ECOticias.com.

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