Le méthane provenant des puits de pétrole, des fermes ou des décharges est souvent invisible à l’œil nu. Cependant, une nouvelle radiographie mondiale a montré que ce gaz est beaucoup moins contrôlé qu’on ne le pensait auparavant. Une étude internationale avec la participation de Harvard conclut qu'en 2023 les émissions humaines de méthane étaient d'environ quinze pour cent supérieures à ce que les pays ont officiellement déclaré aux Nations Unies et que dans un quart d'entre eux, les chiffres réels dépassent de plus de la moitié ce qui a été rapporté.
Les travaux, publiés dans la revue Nature Communications, utilisent les observations du satellite européen TROPOMI et d'autres instruments ainsi qu'un modèle atmosphérique pour reconstruire la quantité de méthane émise par chaque pays et chaque secteur économique majeur. Au total, les sources humaines s'élèveraient à environ trois cent soixante-quinze millions de tonnes par an, à comparer aux trois cent vingt-six millions qui figurent dans les inventaires de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques.
Les plus grands déséquilibres apparaissent dans le secteur pétrolier et gazier, où les émissions réelles seraient de 32 % supérieures à celles déclarées. Des augmentations significatives sont également détectées dans l'élevage, les déchets urbains et la culture du riz, tandis que les mines de charbon affichent une nette correction à la baisse. L’étude ajoute également une source qui n’apparaît presque jamais dans les comptes officiels, les réservoirs hydroélectriques, responsables d’environ six pour cent du méthane anthropique mondial.
Derrière ces chiffres se cache un nouvel outil conçu pour que chacun puisse les vérifier. Il s’appelle Integrated Methane Investment (IMI) et il s’agit d’un système open source qui croise les informations des satellites avec les données que les pays envoient aux Nations Unies. James East, auteur principal, le décrit comme une plateforme « entièrement ouverte, transparente et facile à utiliser ». En pratique, il permet aux gouvernements, aux chercheurs ou aux organisations sociales d’auditer de manière indépendante les comptes méthane de n’importe quel territoire.
L'opération repose sur une idée simple. Les satellites mesurent la concentration de méthane dans l’atmosphère. Le modèle numérique simule la façon dont ce gaz se déplace avec les vents et comment il est éliminé naturellement. À partir de là, le système corrige les émissions au sol vers le haut ou vers le bas jusqu'à ce que la simulation corresponde à ce que le satellite a vu. Le résultat est une carte améliorée des émissions par pays et par secteur, accompagnée d’une estimation explicite de l’incertitude.
Une nouveauté clé de l’étude est qu’elle ne se limite pas à ajouter des tonnes, mais calcule plutôt l’intensité de méthane de différents secteurs. Dans le cas du pétrole et du gaz, cette intensité indique la quantité de gaz produit qui s’échappe dans l’atmosphère au lieu d’être utilisée comme énergie. L’équipe montre que ce chiffre varie de plus de deux ordres de grandeur entre les pays. Certains se rapprochent de l’objectif sectoriel de fuites inférieures à zéro virgule deux pour cent et d’autres perdent tellement de gaz qu’ils gaspillent effectivement une partie de leur production et réchauffent en même temps l’atmosphère.
Le bétail et les déchets constituent l’autre aspect du problème. Selon l'analyse, le méthane associé au bétail est dix-sept pour cent plus élevé que ce qui est rapporté, l'Afrique subsaharienne étant la région où l'intensité par kilogramme de protéines produite est la plus élevée, environ sept fois plus qu'en Amérique du Nord ou en Asie de l'Est. Tout cela se produit alors que plus de cent cinquante pays ont signé le Global Mthane Commitment, qui vise à réduire ces émissions de trente pour cent d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020.
Pour les citoyens, la principale nouveauté est que le résultat n’est pas caché dans un rapport technique. L'équipe a créé un portail en ligne où chacun peut vérifier les émissions de méthane de son pays, voir quelle quantité provient de l'énergie, du bétail ou des déchets, et voir si les promesses climatiques correspondent à ce que l'on observe dans l'atmosphère. La question qui reste en suspens est directe. Si l’on sait désormais plus précisément où s’échappe le méthane, allons-nous fermer le robinet ou détourner le regard ?
L'étude complète sur les émissions mondiales de méthane a été publiée dans la revue Communications naturelles.
L'entrée Harvard lance un outil public qui permet d'auditer les émissions de méthane de n'importe quel pays… et les résultats sont bien pires que ce que les gouvernements ont rapporté et publié pour la première fois sur ECOticias.com.





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