Le recul du littoral espagnol n’est plus un avertissement pour l’avenir, c’est une réalité qui se mesure aux promenades détruites et aux plages qui disparaissent. Chaque tempête agit comme un examen final qui fait échouer un modèle côtier conçu contre la nature et non avec elle.
Les côtes espagnoles en retrait : des causes au-delà du climat
Les experts préviennent que la combinaison de l’urbanisme côtier et de la crise climatique a laissé les côtes espagnoles sans véritables défenses.
Les récentes tempêtes qui ont frappé les côtes espagnoles ont mis en évidence la faiblesse des côtes, avec des défenses insuffisantes contre les effets liés aux constructions massives ou à la crise climatique, selon les experts.
Ces dernières semaines, plusieurs régions du pays comme Matalascañas (Huelva), la Catalogne ou la Communauté valencienne ont subi des dommages considérables au mobilier côtier, aux promenades et aux plages, certaines englouties par les fortes vagues provoquées par le passage des tempêtes.
Les écologistes pointent du doigt les effets dérivés de l’urgence climatique, comme l’élévation du niveau de la mer, pour expliquer le recul de plus en plus visible du littoral national.
D'autres experts dans des domaines tels que l'ingénierie ou l'architecture soulignent des facteurs tels que la construction massive sur le littoral, associée à l'érosion des sols, car elle bloque le flux naturel des sédiments et détruit les barrières naturelles (comme les dunes), modifiant la dynamique des vagues et empêchant la régénération des plages.
Construction massive et manque de sédiments : la racine du problème
Le professeur Miguel Ortega, de l'Université de Grenade, spécialisé en Gestion Intégrale des Ports et des Côtes et en Hydraulique Côtière, explique à EFE que derrière ce revers il n'y a pas qu'un seul élément déclencheur : « Il a de multiples causes et le changement climatique n'est pas la seule cause, il y en aurait plusieurs ».
« D'une part, il y a les constructions, devenues massives à proximité du littoral et, d'autre part, la diminution des apports sédimentaires des rivières », précise l'expert.
Il admet que « on pourrait commencer à dire que l'élévation du niveau de la mer commence à agir un peu comme une conséquence du changement climatique, mais cela indiquerait principalement les deux raisons précédentes ».
Selon lui, « beaucoup d'interventions ont été faites et une multitude de solutions ont été essayées dans différentes parties de la côte : brise-lames, digues, régénération, mais s'il n'y a pas de sédiments et que l'on construit très près, à la fin la mer ronge la plage petit à petit ».
Il estime que le problème posé par l'érosion côtière a une « mauvaise solution » comme procéder « à un retrait de toutes les constructions qui sont en première ligne » et en intervenant sur une partie de la côte – avec un brise-lames, une digue, un port – « la dynamique naturelle du système est altérée et à moyen ou long terme il y a des conséquences indésirables ».
« À l'heure actuelle, le retrait du littoral ne peut pas être associé uniquement au changement climatique et à ses effets, même si dans 20, 30 ans, on pourra probablement observer autre chose », argumente-t-il.
Naturaliser le littoral comme seule solution viable
Elvira Jiménez, porte-parole de Greenpeace, affirme que les côtes espagnoles sont affectées par « l'élévation du niveau de la mer et par des événements météorologiques extrêmes, de plus en plus graves et virulents en raison du changement climatique », « nous parlons donc de deux facteurs : l'un chronique et l'autre ponctuel ».
Le littoral présente des faiblesses face à ces phénomènes atmosphériques « du fait qu'il est très organisé, avec de nombreuses interventions au niveau des infrastructures qui modifient les régimes sédimentaires ».
Bien que le changement climatique en lui-même n'ait aucun rapport avec l'urbanisme côtier, « une côte très urbanisée – avec des communautés autonomes dont 80% du littoral est urbanisé – les rend beaucoup plus vulnérables et de nombreuses infrastructures sont exposées aux risques liés à la montée du niveau de la mer et aux tempêtes », explique-t-il.
Une côte surpeuplée est « moins résiliente et a moins de capacité à atténuer les impacts du niveau de la mer » en raison de la perte de dunes ou de zones humides enfouies sous la brique « qui pourraient contribuer à atténuer les effets érosifs ».
Au lieu de cela, il maintient que « si nous avions une côte plus saine et plus naturalisée, elle serait plus résiliente et l'impact des événements météorologiques extrêmes serait moindre ».
Le doyen du Collège des Architectes de Madrid (COAM), Sigfrido Herráez, observe que certains aménagements urbains d'il y a des années sont devenus « obsolètes » et que les coefficients de sécurité appliqués à de nombreuses structures « devraient être beaucoup plus élevés » pour éviter les dommages causés par les tempêtes.
Dans des déclarations à EFE, il souligne l'importance de réaliser « une bonne analyse et planification structurelle » avant de construire, afin que ces bâtiments ou structures puissent résister à « certaines attaques de l'atmosphère telles que la pluie, les vents ».
En 2024, un rapport préparé par plusieurs centres de recherche a confirmé à quel point il est menacé par l'érosion, la réduction de l'apport de sable dû aux barrages et réservoirs, l'élévation du niveau de la mer due au changement climatique et la destruction due aux tempêtes. Continuez à lire dans DURABILITÉ.
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