Les raies chauves-souris semblent avoir un moyen de se prévenir lorsqu'un danger est proche, même si elles ne peuvent ni se voir ni s'entendre. Une nouvelle étude de l'Université d'État de l'Oregon a détecté que ces animaux changent de comportement lorsqu'ils reçoivent de l'eau d'un autre réservoir où une raie pastenague avait été effrayée par un prédateur simulé.
La conclusion est frappante, mais elle doit être lue avec attention. Les chercheurs n’ont pas encore identifié la substance exacte, mais ils ont observé une réponse compatible avec un signal d’alarme chimique. En d’autres termes, la peur d’une raie pastenague pourrait voyager dans l’eau et mettre les autres en alerte. Ce n'est pas rien.
Une alarme invisible
Les raies chauve-souris appartiennent au groupe des poissons cartilagineux, le même grand groupe qui comprend les requins et les raies. Jusqu’à présent, ce type de signal chimique face au danger était connu principalement chez les poissons osseux, mais n’avait pas été documenté chez les poissons cartilagineux.
Voici la clé de l'enquête. Lorsqu'une raie pastenague était poursuivie sans dommage, l'eau de son réservoir allait vers d'autres réservoirs où se trouvaient deux raies pastenagues qui ne savaient pas ce qui se passait. En quelques secondes, les rayons récepteurs ont commencé à se comporter différemment, avec plus de mouvements et une nage plus rapide.
Joshua Bowman, auteur principal de l’étude, a résumé l’idée très clairement. « Les animaux ne pouvaient pas être vus et étaient isolés acoustiquement », a-t-il expliqué. Selon l’équipe, la réaction devait donc provenir d’une alerte chimique déclenchée par la raie pastenague effrayée.
Comment l'expérience a été réalisée
L'expérience était simple à expliquer, mais très fine dans sa conception. Bowman a installé trois réservoirs, chacun avec une raie pastenague chauve-souris. L’un fonctionnait comme un réservoir d’envoi et envoyait de l’eau aux deux autres, où se trouvaient les rayons récepteurs.
Les bassins étaient séparés afin que les animaux ne puissent ni se voir ni s'entendre. Après les avoir laissées s'adapter à l'environnement, le chercheur a simulé la présence d'un prédateur en chassant la raie pastenague depuis le premier bassin, mais sans lui faire de mal. C'est un détail important, car l'étude parle d'un signal de perturbation, et non d'un signal émis par une blessure.
Des caméras placées au sommet des chars ont enregistré ce qui s'est passé avant et après. Les raies pastenagues réceptrices ont montré des changements évidents dans leur comportement lorsqu'elles ont reçu de l'eau du réservoir contenant la raie pastenague effrayée. Le résumé de l'article indique qu'ils ont augmenté leur vitesse d'environ 3 centimètres par seconde, soit environ 21% par rapport à leur état précédent.
Pourquoi c'est important pour les requins
L’histoire ne s’arrête pas qu’aux rayures. Bowman a commencé cette recherche en pensant également aux requins blancs, des animaux que l'on imagine habituellement comme de grands prédateurs, mais qui peuvent aussi être des proies pour les orques.
Et que se passe-t-il lorsqu’un requin blanc quitte une zone au moment où des orques apparaissent ? Il n’est pas nécessaire que tout le monde ait vu le prédateur directement. C'est la question qui sous-tend l'étude, même si les chercheurs ne disent pas que cela a déjà été prouvé pour les requins.
Au départ, les raies chauve-souris étaient une espèce plus gérable. Ils sont plus petits, plus proches des chercheurs et peuvent être étudiés dans des conditions contrôlées. De plus, étant apparentés aux requins, ils peuvent offrir des indices sur les voies de communication jusqu'à présent négligées.
Ce qu'on ne sait pas encore
Le grand mystère reste ouvert. Les scientifiques ne connaissent pas encore la nature exacte du signal chimique. Il peut s'agir d'une substance libérée sous l'effet d'un stress, d'un composé associé à la perturbation ou d'un mélange de signaux qui voyagent avec l'eau.
Cela nous oblige à être prudent. L’étude montre des preuves comportementales, et non une identification complète de la molécule responsable. En termes simples, ils ont vu la réaction et ont assez bien isolé la cause probable, mais ils doivent encore donner un nom chimique à cette alarme.
Reste également à savoir si ce mécanisme apparaît chez d'autres raies, chez d'autres élasmobranches ou encore chez les requins. C’est possible, mais cela ne peut pas encore être énoncé comme un fait clos. La science avance ainsi, étape par étape, même si parfois l’océan semble avoir plusieurs chapitres d’avance.
Un avertissement pour les humains
La découverte a également une lecture environnementale très directe. Si une raie pastenague effrayée peut modifier le comportement des autres par un signal dans l’eau, déranger un seul animal peut affecter plus d’individus que nous n’en voyons. Et en mer, nous ne voyons souvent qu’une petite partie de ce qui se passe.
Bowman l’a exprimé avec un simple avertissement. « Ce comportement a évolué pour aider les animaux à survivre dans la nature », a-t-il déclaré. Mais il a également rappelé que si les humains dérangent ces animaux dans la nature ou dans des installations contrôlées, ils peuvent affecter plus de spécimens que celui qui se trouve devant eux.
Cela concerne les aquariums, la recherche, les activités touristiques et les rencontres avec la faune marine. Il ne s’agit pas de transformer chaque contact avec l’océan en alarme, mais de comprendre que les animaux marins communiquent de manière très discrète. Parfois, un signal que l’on ne perçoit pas change tout le comportement du groupe.
Un océan moins silencieux
On a longtemps pensé l’océan comme un lieu dominé par les mouvements, les courants et les sons. Cette étude rappelle qu’il existe également des messages chimiques qui circulent sous la surface. Nous ne les voyons pas, nous ne les sentons pas et ils n'apparaissent pas sur une jolie photo, mais ils peuvent faire la différence entre rester immobile ou s'enfuir.
La recherche ouvre une nouvelle porte pour étudier la manière dont les poissons cartilagineux réagissent à la peur, au risque et à la présence de prédateurs. Cela ajoute également une autre couche à la conservation marine, car comprendre comment les animaux communiquent permet de réduire les perturbations inutiles. Et ça se voit.
L'étude complète a été publiée dans Journal of Experimental Zoology Partie A, Physiologie écologique et intégrative.
L'entrée Les raies chauve-souris lancent une alarme chimique pour avertir les autres du danger : un signal que l'on croyait exclusif aux poissons osseux a été publié pour la première fois sur ECOticias.com.





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