Elle surgit sur le carrelage, toutes pattes dehors, aussi vive qu’une ombre. Dans la pénombre de la salle de bain, une silhouette aux longues antennes file le long du mur et disparaît derrière un tuyau. Réflexe humain: lever la claquette. Meilleur geste: la baisser. Cette créature effilée n’est pas une ennemie, c’est une alliée, particulièrement utile dans nos appartements marseillais.
Qui est ce sprinteur aux longues pattes ?
On l’appelle la scutigère, ou scutigera coleoptrata, un chilopode à l’allure de plumeau, zébré de brun et de jaune. Son corps est petit, mais ses jambes, fines et arquées, lui donnent une prestance étonnante. Quinze paires, soit environ trente pattes, d’où sa démarche aérienne si reconnaissable. Elle voit bien, court très vite, et stoppe net comme un frein à disque quand une proie bouge.
“Ce n’est pas un monstre, c’est une chasseuse,” aiment répéter les entomologistes urbains. Et c’est vrai: elle a évolué pour traquer dans nos lieux de vie.
Un allié discret contre les nuisibles
La scutigère se nourrit de cafards, de poissons d’argent, de mites, de mouches, de moustiques, parfois même de de jeunes araignées. Elle régule ce petit monde de l’ombre qui prospère dans les recoins humides. En clair, elle fait pour vous un travail de fond qu’aucun aérosol ne réalise sans effets secondaires.
“Laissez-la travailler pour vous”, dit un technicien sanitaire rencontré dans un vieil immeuble du Panier. Une scutigère bien installée vaut un piège collant dans chaque pièce.
Est-ce dangereux pour vous ?
Rassurez-vous: elle n’a rien d’un agresseur. Elle peut pincer si on l’écrase à pleine main, mais la plupart des gens ne sentent rien ou tout juste une irritation légère, bien moindre qu’une piqûre de guêpe. Pas de toxine préoccupante, pas d’appétit pour la peau humaine, juste la quête obstinée de ses proies nocturnes.
Pour les personnes très sensibles, mieux vaut éviter la manipulation directe, comme pour n’importe quel arthropode. Mais dans 99 % des cas, c’est une voisine paisible et pressée qui file ses affaires.
Pourquoi elle adore votre salle de bain marseillaise
Entre le sel des embruns, les canalisations anciennes, et les microfuites des vieux appartements de la Plaine, les salles de bain offrent une humidité constante et une température douce. Or humidité plus recoins tièdes équivaut à insectes proies, donc à garde-manger parfait. Les joints, les aérations, les dessous de meuble abritent ce petit monde, et la scutigère y mène sa chasse, discrète et efficace.
Comment la reconnaître d’un coup d’œil
Regardez les pattes très longues, annelées de stries, et les antennes extraordinairement élancées. Le corps est court, rayé longitudinalement, jamais massif comme celui d’une scolopendre méditerranéenne. Elle court de façon saccadée, presque comme un feu follet qui zigzague entre plinthes et tuyaux.
Que faire quand vous en voyez une
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- Restez calme, observez sa course rapide, et éloignez simplement vos pieds.
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- S’il faut la déplacer, utilisez le duo verre + carte, puis relâchez-la dans un coin plus calme.
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- Réduisez un peu l’humidité après la douche pour limiter ses passages.
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- Bouchez les fentes et nettoyez les miettes pour couper le buffet aux nuisibles.
Un service écologique, gratuit et silencieux
Contrairement aux sprays chimiques, la scutigère n’encrasse ni l’air ni vos poumons. Elle agit avec une précision chirurgicale, sans résidus, sans coût, sans odeur. Et si vous en voyez une, c’est souvent le signe qu’elle a déjà réduit la population d’insectes que vous ne voyez pas.
“Moins d’insectes, moins de produits, plus de sérénité,” résume une voisine qui préfère la cohabitation aux combats perdus d’avance.
Limiter les visites sans nuire à la nature
Si sa présence vous dérange, misez sur l’hygiène structurelle plutôt que sur l’écrasement. Asséchez les tapis de bain, aérez après la douche, fixez une grille aux bouches d’aération, et traitez les intrusions de cafards en amont. Moins de proies equals moins de chasseurs: la chaîne alimentaire s’ajuste d’elle-même.
Un joint de silicone refait, une fuite de siphon réparée, et c’est déjà un territoire moins accueillant. La scutigère partira d’elle-même chercher un autre terrain de chasse, sans drame et sans toxique.
Un autre regard sur la petite faune des villes
Marseille est une mosaïque de savane urbaine, de calanques bleues, de ruelles tièdes, où les bêtes minuscules tissent des équilibres discrets. Apprendre à reconnaître cette alliée aux longues pattes, c’est choisir une ville plus saine, où l’on combat les vraies nuisances sans tirer sur les mauvais messagers.
La prochaine fois que ce petit sprinteur zébré traverse votre salle de bain, pensez-y. Laissez la claquette, offrez-lui le passage, et dites-vous que cette vitesse folle travaille, en silence, pour votre confort.





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