Dans la métropole, la présence de rongeurs a poussé professionnels et habitants à innover. À Lyon, une vieille astuce revient en force : le furet, petit chasseur à l’odorat redoutable, parcourt les galeries pour débusquer les rats. Cette approche ciblée séduit par son efficacité et son impact limité sur l’environnement urbain. Les opérations, très visibles, intriguent autant qu’elles rassurent les riverains.
Un fléau urbain à contenir
Dans certains quartiers du 8ᵉ arrondissement, la prolifération des rats est devenue un véritable casse-tête. Immeubles, caves, espaces publics : les nuisibles s’installent et se reproduisent à grande vitesse. Au-delà du désagrément visuel, le risque sanitaire, de la leptospirose aux salmonelles, préoccupe les familles.
Une méthode ancestrale remise au goût du jour
Le furet est un prédateur naturel des rongeurs : il se faufile, suit les odeurs, et pousse le rat à fuir. Sur le terrain, les équipes coordonnent les sorties possibles, posent des filets et capturent à la main les animaux délogés. « On réactive une technique ancienne qui fonctionne encore, car elle s’appuie sur l’instinct du furet », souligne Yvan, ratier, en pleine opération.
Une organisation millimétrée et des résultats probants
Depuis 2022, le bailleur Grand Lyon Habitat a structuré une campagne de furetage dans plusieurs résidences. En une matinée bien réglée, des équipes capturent parfois plus d’une vingtaine de rats, avec une régulation progressive du site. « Nous observons des pics liés aux chantiers et aux dépôts de nourriture ; la capture permet de ramener l’équilibre », indique Benoît Crozier, en charge du bâti, de l’hygiène et de la sécurité.

Chiffres, coût et suivi sanitaire
Plus de 700 rats ont été capturés depuis le mois de juin, après un millésime précédent dépassant les 2 000 prises sur le même secteur. Le budget global avoisine les 50 000 euros, incluant la logistique, la main-d’œuvre et le suivi. Après capture, les spécimens sont transmis à l’INRAE pour des analyses puis euthanasiés, un protocole encadré au plan éthique.
Pourquoi les rongeurs gagnent du terrain
Les grands travaux bouleversent les habitats souterrains, forçant les rats à migrer vers d’autres zones. Les dépôts sauvages de déchets et le nourrissage « de bonne intention » offrent un garde-manger constant. Le changement climatique, avec des hivers plus doux, favorise aussi des cycles de reproduction plus rapides.
Atouts et limites d’une chasse très ciblée
- Zéro poison diffusé dans l’environnement, limitant les impacts sur la faune non ciblée.
- Action rapide et localisée, efficace dans les résidences et espaces confinés.
- Observation fine du terrain, utile pour adapter l’entretien des sites.
- Acceptabilité accrue par rapport aux campagnes lourdes de rodenticides.
- Collecte d’échantillons pour le suivi sanitaire et la recherche.
- Limite : besoin d’équipes formées, de créneaux réguliers et de discipline collective sur les déchets.
Ce que disent les habitants
Sur place, les riverains saluent une solution plus « propre », même si l’émotion face aux captures reste forte. Plusieurs associations demandent un effort soutenu sur le nettoyage et la pédagogie, pour éviter les points de nourrissage. « Si chacun joue le jeu, les rats finiront par partir », souffle une mère de famille, lassée de croiser des rongeurs au pied de l’immeuble.
Précautions et prolongements
La méthode s’inscrit dans une stratégie dite de gestion intégrée : boucher les accès, sécuriser les bennes, réduire les déchets disponibles. Les opérations doivent se poursuivre jusqu’en octobre, avec réévaluation des secteurs les plus sensibles. Le message central reste clair : sans hygiène urbaine rigoureuse, aucune technique ne tient sur la durée.
À l’échelle d’une ville dense, l’alliance entre capture ciblée et prévention du risque est la voie la plus solide. En remettant le furet au cœur de la régulation, Lyon illustre un retour aux fondamentaux, pragmatique et responsable.





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