Une analyse d'environ deux millions de relevés recense plus de 16 000 espèces décrites chaque année et anticipe que la diversité réelle (notamment celle des insectes et des microbes) est encore loin d'être inventoriée.
John J. Wiens, écologiste évolutionniste à l’Université d’Arizona, soutient que la science connaît une phase d’accélération dans la découverte et la description formelle des espèces, l’étape bureaucratique et scientifique qui fait qu’un organisme « existe » pour les catalogues. Loin d'épuiser la liste des êtres vivants à identifier, le décompte annuel dépasse déjà les 16 000 nouvelles espèces, soit le taux le plus élevé enregistré dans la série analysée.
La scène a une certaine continuité historique. Il y a trois siècles, Carl Linnaeus a promu le système de classification moderne et l'utilisation du binôme latin pour nommer les espèces. Ce cadre continue de soutenir la tâche mondiale, même si aujourd’hui l’accumulation de données et de technologies ont changé le rythme. Dans l'ouvrage signé par
Le résultat central est double. D'une part, la moyenne annuelle dépasse les 16 000 espèces décrites. En revanche, les maximums se concentrent sur les deux dernières décennies, avec des pics récents. La composition de la découverte montre où se situe la frontière de la connaissance. La plupart d’entre eux sont des animaux et, parmi eux, des arthropodes, avec un poids notable d’insectes. Les auteurs précisent que, au cours de cette période récente, plus de 10 000 animaux ont été décrits chaque année, en plus d'environ 2 500 plantes et près de 2 000 champignons.
La thèse nuance une idée installée dans une partie de la littérature, celle du « plafond » de la découverte, selon laquelle la science aurait atteint depuis longtemps l'essentiel des espèces « faciles » et avancerait déjà sur un plateau. Wiens rejette cette lecture et affirme que « nous découvrons de nouvelles espèces à un rythme jamais vu auparavant », une phrase qui a également circulé dans des publications récentes.
La clé méthodologique n’est pas seulement de compter les nouveaux noms, mais d’observer qui grandit le plus et pourquoi. Les grands groupes (ceux qui contiennent déjà plus d’espèces connues) ont tendance à ajouter davantage de descriptions annuelles, une relation qui fait monter les estimations de la richesse future de plusieurs lignées. L'étude propose des chiffres potentiellement bien supérieurs à ceux actuellement décrits chez les poissons à nageoires rayonnées et les amphibiens, et place la flore au-dessus d'un demi-million d'espèces, tout en soulignant que l'extrapolation des courbes vers le futur nécessite de la prudence.
Cette prudence est importante car le débat n’est pas seulement statistique, mais politique et matériel. Une espèce sans description officielle est, en termes pratiques, presque invisible pour de nombreux outils de conservation (depuis l’évaluation des menaces jusqu’aux plans de protection et au financement). Le paradoxe est évident. La planète perd de la biodiversité en raison de la pression humaine et du changement climatique, et dans le même temps, l'inventaire continue de s'ouvrir, notamment dans les groupes peu étudiés.
Le goulot d’étranglement se concentre dans les petits et les abondants. Insectes, champignons et microbes concentrent la grande « inconnue », tant par leur nombre que par la difficulté de les échantillonner de manière exhaustive. Ici, la technologie joue le rôle de levier. Les auteurs rappellent que la taxonomie classique était basée sur des traits visibles, mais les progrès des techniques moléculaires et de séquençage permettent de séparer des espèces cryptiques, presque impossibles à distinguer à l'œil nu, un domaine particulièrement prometteur pour les bactéries et les champignons.
Cette modernisation n’élimine pas une autre discussion moins visible, celle de la capacité humaine du système scientifique. La dénomination implique du temps, des spécialistes, des collections, du travail sur le terrain et une révision. Dans ce contexte, le regard sur la taxonomie en tant que discipline et sur ceux qui la pratiquent gagne à nouveau en pertinence pour le public.
L’étude suggère également, comme ligne de travail, de cartographier les endroits où de plus en plus de nouvelles espèces semblent localiser des « points chauds » de découvertes en attente, et d’observer qui signe les descriptions, un indice sur le déplacement du leadership scientifique de l’Europe vers les chercheurs travaillant dans leur propre pays.
L’« âge d’or » a, enfin, un argument utilitariste qui accompagne généralement la conservation. La biodiversité est une bibliothèque chimique et fonctionnelle. La note informative associée aux travaux rappelle que les composés issus d’animaux, de plantes et de champignons alimentent l’innovation médicale et technologique. L'idée n'est pas nouvelle, mais elle se renforce à mesure que le catalogue s'étoffe.
En Espagne et en Europe, le débat se mêle à l'urgence de soutenir les équipements et les collections qui rendent possible cette course lente et précise de description. La semaine dernière, par exemple, des médias spécialisés ont rapporté que des botanistes espagnols avaient participé à la description de dizaines d'espèces récentes, rappelant que la découverte n'est pas seulement une expédition, c'est aussi un cabinet, un herbier et une revue.
Reste en tout cas une conclusion à lire sans triomphalisme. L’accélération de la découverte n’implique pas que l’œuvre soit « gagnée », mais plutôt que la distance entre le connu et le réel reste grande, et qu’une part de la vie peut disparaître avant d’être enregistrée. La rapidité des découvertes est une bonne nouvelle, mais aussi un thermomètre de tout ce que nous ignorons encore.
L'entrée La Terre est beaucoup plus vivante que nous le pensions : les scientifiques révèlent que le rythme de découverte de nouvelles espèces est à son plus haut niveau dans l'histoire a été publiée pour la première fois sur ECOticias.com.





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