Le L’Union européenne (UE) est confrontée au défi urgent de garantir la conservation de la nature dans un contexte de perte accélérée de la biodiversité et de dégradation des écosystèmes.
Pour y parvenir, il ne suffit pas d'approuver des politiques ou des stratégies ambitieuses : il est essentiel que celles-ci soient accompagnées d'un un budget crédible, suffisant et stable garantissant sa mise en œuvre efficace.
Sans financement adéquat, les engagements environnementaux de l'UE risquent de se transformer en simples déclarations d'intention.
Pour prendre soin de la nature, un investissement économique est indispensable
Plus de 175 organisations du monde entier, y compris des administrations publiques et des ONG de conservation, ont signé une lettre ouverte aux dirigeants de l'Union européenne appelant au prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l'UE afin de garantir un financement adéquat, ciblé et transparent pour la nature.
L'initiative a été lancée lors du Congrès mondial de la nature de l'UICN, qui s'est tenu la semaine dernière à Abou Dhabi, le plus grand forum mondial sur la conservation, réunissant plus de 170 gouvernements (dont les 27 États membres de l'UE) et plus de 1 400 organisations non gouvernementales. Au cours du Congrès, plus de 140 résolutions et recommandations ont été adoptées pour guider les politiques mondiales de conservation de la biodiversité et de restauration écologique.
La crédibilité de l'Europe dépend de son engagement financier
Depuis trois décennies, l'Union européenne est reconnue comme un leader mondial en matière de conservation de la nature, promouvant des politiques pionnières telles que les directives Oiseaux et Habitats, le réseau Natura 2000 et le programme LIFE.
Cependant, les organisations signataires préviennent que la proposition actuelle de CFP 2028-2034 pourrait représenter un pas en arrière : la possible disparition de la ligne budgétaire spécifique LIFE et la dilution du financement pour la biodiversité remettent en question la capacité de l'UE à respecter ses engagements internationaux, tant dans le cadre de l'Accord mondial Kunming-Montréal sur la diversité biologique que dans les résolutions de l'UICN.
«L'Europe est depuis longtemps une référence en matière de politique environnementale. Mais le leadership se manifeste par des actions et, sans financement suffisant, les engagements deviennent de vaines déclarations », préviennent les organisations signataires.
Cinq demandes clés pour maintenir le leadership environnemental de l'Europe
Dans leur lettre ouverte au président du Conseil européen, aux chefs d'État et de gouvernement des 27 États membres, au président de la Commission européenne et aux dirigeants des groupes politiques du Parlement européen, les organisations demandent que le prochain CFP :
- Préserver les engagements de l'UE dans le cadre du Pacte vert pour l'Europe et du Cadre mondial Kunming-Montréal pour la biodiversité, en veillant à ce que le prochain CFP fournisse les moyens financiers nécessaires pour les mettre en œuvre efficacement.
- Maintenir le programme LIFE en tant qu'instrument indépendant doté d'une ligne budgétaire spécifique et suffisante.
- Allouer au moins 10 % du budget global de l’UE à de véritables objectifs en matière de biodiversité, avec un suivi transparent et ciblé.
- Garantir le soutien aux ONG et aux réseaux de la société civile, en assurant la continuité de leurs subventions de fonctionnement. Intégrer les objectifs de biodiversité et de restauration dans les plans de collaboration nationaux et régionaux, en consacrant au moins 15 % des investissements à la nature.
- Investir dans la nature n’est pas une dépense, c’est assurer l’avenir.
Les organisations soulignent que la protection de la nature n'est pas une dépense, mais un investissement stratégique dans le bien-être, l'économie et la résilience de l'Europe.
Selon la Commission européenne, chaque euro investi dans la restauration des écosystèmes génère entre 4 et 38 euros de bénéfices, grâce aux services écosystémiques qui fournissent de l'eau et de la nourriture, régulent le climat, soutiennent l'agriculture, créent des emplois verts et améliorent la santé publique. Les services sociaux et économiques générés par le réseau Natura 2000, le principal système d'espaces protégés en Europe, sont estimés entre 200 000 et 300 000 millions d'euros.
Investir dans la nature stimule également l’innovation, la résilience aux chocs climatiques et les avantages économiques grâce à la productivité et aux recettes fiscales.
Dans un contexte mondial où la perte de biodiversité, le changement climatique et la pollution comptent parmi les principaux risques pour l'économie mondiale, selon le Forum économique mondial, les signataires soulignent qu'investir dans la nature signifie investir dans la stabilité, la sécurité et la prospérité de l'Europe.
Le programme LIFE : un levier paneuropéen de résultats et d’apprentissage
Depuis 1992, le programme LIFE est l'instrument de financement phare de l'UE pour la nature et le climat, cofinançant plus de 6 000 projets dans toute l'UE et dans les pays voisins et tiers. Sa gestion directe par la Commission européenne à travers le CINEA garantit des normes communes, un suivi cohérent et surtout le transfert de connaissances et de bonnes pratiques entre pays, biorégions et secteurs.
Les évaluations officielles soulignent que LIFE renforce les réseaux transfrontaliers, favorise la réplication et l'échange de bonnes pratiques et développe les capacités là où elles étaient moins développées.
LIFE protège non seulement la nature, mais multiplie l'impact économique. Les projets intégrés LIFE ont mobilisé plus de 30 milliards d’euros de financements supplémentaires provenant d’autres fonds européens et de sources privées, démontrant le puissant effet multiplicateur de l’investissement public.
Les exemples de réussite comprennent des projets qui ont été étendus à des programmes nationaux, comme une initiative de restauration forestière lancée dans le cadre de LIFE en 2003 et ensuite développée en un programme national de 30 millions d'euros par an.
L'évaluation ex post du programme LIFE 2014-2020 par la Commission européenne confirme que le programme a atteint la plupart de ses objectifs, a favorisé l'innovation pratique et a généré des avantages mesurables pour l'environnement et le climat.
Maintenir la visibilité, le caractère distinctif et un financement adéquat de LIFE – avec une programmation pluriannuelle et une gestion directe par la Commission – ne consiste pas seulement à préserver une ligne budgétaire : il s'agit d'assurer la diffusion de solutions efficaces, de renforcer l'apprentissage collectif et de maximiser le retour social et économique sur l'investissement européen dans la nature.
Un appel de l’UICN à la cohérence internationale
La lettre rappelle que tous les États membres de l'UE sont membres de l'UICN et participent activement à l'adoption de ses résolutions et lignes directrices mondiales en matière de conservation. La crédibilité internationale de l'UE dépend donc de ses budgets qui reflètent les engagements qu'elle a pris.
« L'Union européenne guide depuis des années l'action mondiale en faveur de la nature. Aujourd’hui, son leadership est mis à l’épreuve. Le respect des engagements internationaux nécessite plus que de la volonté : cela nécessite des budgets capables de transformer les paroles en résultats », conclut la lettre.
UN Un budget crédible signifie allouer des fonds suffisants et facilement accessibles aux États membres, assurer la cohérence entre les différentes politiques européennes et éviter les subventions qui nuisent à l'environnement.
En fin de compte, l’UE doit démontrer son leadership environnemental en fournissant des ressources solides et vérifiables pour ses engagements écologiques. Seulement avec un Un budget crédible garantira un avenir durable à la nature européenne et aux générations futures. ECOticias.com




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