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Nous pensions connaître déjà presque toute la vie sur la planète et les données scientifiques suggèrent que nous en savons encore beaucoup moins sur la vie sur Terre que nous ne le pensions.

Par Cécile Arnoud | Publié le 25.12.2025 à 16h23 | Modifié le 25.12.2025 à 16h23 | 0 commentaire
Sendero en un bosque brumoso, hábitat de alta biodiversidad vinculado al récord de nuevas especies descritas en 2020

Record de 17 044 nouvelles espèces en 2020 (la Terre en cache encore des milliers à découvrir). Photo : Canva/Ecoticias.

La course pour nommer la vie sur Terre ne s’épuise pas, mais s’accélère. Une analyse publiée dans Avancées scientifiques On estime que 17 044 nouvelles espèces ont été décrites en 2020, soit le record annuel le plus élevé enregistré dans la série examinée. La recherche, dirigée par John J. Wiens (Université de l'Arizona), affirme qu'entre 2015 et 2020, la communauté scientifique a documenté en moyenne plus de 16 000 espèces par an, les arthropodes et les insectes prédominant parmi les animaux.

Les données centrales dialoguent avec une perception largement répandue à l’extérieur (et aussi à l’intérieur) de l’académie. L’idée que « l’âge d’or » des découvertes est derrière nous et que la planète est désormais, pour l’essentiel, inventoriée. L'ouvrage discute de cette intuition à partir d'un récit d'histoires taxonomiques autour des deux millions d'espèces décrites, une archive qui permet de reconstituer des rythmes, des pics et des changements de tendances.

Le schéma qui se dégage est double. En chiffres absolus, les enregistrements récents s’expliquent par la capacité croissante d’échantillonner (et de publier) dans des groupes hyperdiversifiés, où chaque expédition, chaque revue de collection et chaque campagne génétique ouvre des tiroirs entiers de « l’inconnu ». En matière de structure, les progrès sont soutenus par le travail silencieux de la taxonomie (un métier souvent sous-estimé) et des outils moléculaires qui aident à séparer les espèces cryptiques, invisibles à l'œil nu, se distinguant par des différences génétiques.

La géographie de la nouveauté compte également. Bien que l’étude ne fasse pas de ce point son grand titre, elle suggère une évolution progressive vers des communautés scientifiques qui décrivent la biodiversité dans leur propre pays, une évolution cohérente avec l’expansion des capacités universitaires et muséales dans les régions mégadiverses. La promesse, en matière de conservation, est évidente. On ne peut pas protéger ce qui n’existe pas officiellement dans le langage du droit et de la science. La description et le nom, avec toute la bureaucratie que cela implique, constituent la première étape pour qu'une espèce soit inscrite dans les plans de gestion, les évaluations des risques ou les listes rouges.

Il existe en outre une incitation qui entre rarement dans le débat public avec la même force que les images de jungles ou de récifs. Le potentiel biomédical. La recherche rappelle que des composés issus des organismes étudiés ont fini par inspirer des médicaments, notamment des traitements modernes à base d'agonistes des récepteurs GLP 1 associés à une hormone présente dans le monstre de Gila. Concrètement, chaque nouvelle espèce documentée n’est pas seulement une ligne dans une base de données, c’est aussi une hypothèse de travail sur des molécules, des matériaux, des poisons ou des voies métaboliques.

Le contraste avec l’extinction apparaît, dans l’étude et dans la couverture institutionnelle, comme un terrain délicat. Wiens affirme que, dans ses calculs, le taux de disparition documenté est d'environ 10 espèces par an, un chiffre bien inférieur au flux de découvertes. Mais ce cadre coexiste avec d’autres avertissements officiels. La plateforme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité, IPBES, a indiqué que le taux d’extinction actuel est au moins des dizaines ou des centaines de fois supérieur à la moyenne des derniers millions d’années et qu’une proportion importante des espèces évaluées est menacée. L'écart n'est pas anodin. Cela dépend de ce qui est comptabilisé (extinctions confirmées par rapport aux risques et déclins de population), de biais (de nombreuses pertes se produisent sans enregistrement) et de seuils (quand une espèce est considérée comme « éteinte »).

Dans cette croisée de récits, le bilan de 2020 peut être lu de deux manières, compatibles l’une avec l’autre. Comme une bonne nouvelle sur la capacité humaine à connaître la planète (plus de mains, de meilleures techniques, plus de coopération) et comme un rappel de l'ampleur du travail à accomplir. Si l’inventaire s’accroît plus rapidement, cela ne signifie pas nécessairement que la crise de la biodiversité va s’atténuer. Cela peut également signifier que la marge d’ignorance était plus grande que prévu et que la fenêtre permettant de documenter (et de sauvegarder) une partie de cette diversité se ferme dans certains écosystèmes.

L'étude prévoit prudemment que la biodiversité réelle dépasse de loin le catalogue actuel, avec des estimations potentielles bien supérieures aux chiffres décrits pour des groupes tels que les poissons et les amphibiens. En termes politiques et budgétaires, les implications sont inconfortables. La conservation a besoin de cartes prioritaires, mais ces cartes dépendent de noms, de diagnostics et de données qui coûtent du temps. Si la taxonomie est la porte d’entrée vers la protection, accélérer la porte sans renforcer ce qui se cache derrière (gestion, surveillance, restauration) peut laisser le système boiteux.

En bref, le paradoxe est que la science touche de plus en plus de domaines de la vie, tandis que la pression humaine continue de pousser de nombreux systèmes naturels à leurs limites. En savoir plus ne garantit pas en soi de perdre moins. Mais sans cette connaissance, la perte se produit en silence.

L'étude a été publiée dans Science Advances.

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