L’aube se levait à peine sur une mer d’huile, quand un marin de Concarneau a senti son treuil gémir sous une charge anormalement lourde. Dans le ronron du moteur et le clapot feutré, quelque chose, au fond du filet, résistait avec une inertie peu commune. « J’ai tout de suite su que ce n’était pas du poisson », confiera-t-il plus tard, la voix encore voilée.
Un lever de filet pas comme les autres
La nappe de mailles a percé la surface dans un bouillon de bulles grises, révélant une silhouette métallique que le marin n’oubliera pas. Un cylindre terne, couvert d’algues et de coquillages, a cogné le pavois avec un bruit mat, presque sourd. Les ailettes arrière, dentelées par le temps, ont achevé de lui glacer le sang.
Il a coupé net la manette du treuil, calé le filet à mi-eau, et retenu son souffle. « Sur le coup, j’ai pensé à un gros moteur, puis j’ai vu les fins et je me suis dit: ça ressemble à une bombe », dit-il, encore pâle à l’évocation. Autour, la mer s’est faite étrangement silencieuse, comme si le jour hésitait à monter.
Le bon réflexe: prévenir les secours
Sans paniquer, il a saisi la VHF, basculé sur le canal 16, et appelé au secours. À l’autre bout, la voix calme de l’opérateur du CROSS Corsen a déroulé la marche à suivre, claire comme une consigne de manœuvre: « Restez à distance, ne frappez pas le bordé, gardez l’objet au mouillage du filet, et établissez un périmètre de sécurité. »
« On sait que, sous l’habillage marin, une munition peut rester instable », précisera plus tard un porte-parole du CROSS, rompu à ces scénarios. D’autres bateaux, alertés sur la VHF, ont donné de la gîte, gardant une bonne encablure. « Le moindre choc peut suffire, on ne tente rien », répète la radio comme un métronome.
Une munition de la Seconde Guerre mondiale
Les premières photos, transmises via smartphone au poste, ont confirmé le soupçon: très probablement une bombe d’aviation de 250 kg, vestige de la Seconde Guerre mondiale. Dans ces eaux, le passé dort mal, et la mer remonte parfois des fantômes avec une ponctualité aveugle.
La Préfecture maritime a dépêché une équipe de plongeurs-démineurs de la Marine nationale, aguerris à ces reliques. Arrivés sur zone, ils ont sécurisé le filet, arrimé prudemment la charge, puis décidé d’un remorquage lent vers une zone de désensablement au large. « La règle d’or: minimiser les contraintes, tout en gardant la munition sous eau », explique un chef de mission.
En fin de matinée, une détonation feutrée a roulé sur l’horizon, avalée par le vent et la houle. Neutralisée, la bombe a rendu à la mer son silence, et aux marins leurs visages détendus. « On a eu de la chance, et on a eu les bons réflexes », souffle le pêcheur, main serrée sur sa casquette.
Une frayeur qui interroge
Ces découvertes, rares mais récurrentes, rappellent que des milliers de munitions gisent encore sur les fonds. Tempêtes, chalutages, et chantiers de dragage réveillent parfois ces restes, déposés au hasard des bombardements et des dumpings d’après-guerre. « Le risque zéro n’existe pas, la vigilance oui », résume un officier de la Premar.
Au port, les conversations vont bon train, entre fascination et inquiétude. On se repasse les images du cylindre rongé, on commente la rapidité des secours, on s’étonne du calme du patron. « La mer garde tout, et parfois elle rend », glisse un vieux mousse, philosophe et lucide.
Les bons gestes en mer face à un objet suspect
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Ne jamais hisser à bord un objet métallique inconnu; le maintenir à l’eau si possible, sans chocs ni tensions.
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Avertir immédiatement le CROSS sur le canal 16, donner sa position, la nature apparente de l’objet, et l’état de la mer.
- Éloigner les autres navires, établir un périmètre de sécurité, et attendre les instructions sans manipulations supplémentaires.
Entre peur et fierté discrète
De retour à quai, le pêcheur a coupé le moteur, respiré l’odeur mêlée de gasoil et d’iode, puis s’est offert un café brûlant de cantine. « J’ai eu les mains qui tremblaient, mais la tête était claire », dit-il, presque souriant. Les collègues lui tapent l’épaule, blaguent pour chasser la trouille, et rangent un peu mieux les lignes sur le pont.
Sur son téléphone, une photo prise à la volée montre la masse grise, prisonnière d’un nid de cordages. Elle ne finira pas sur les réseaux, par pudeur autant que par superstition. « Ce matin, on n’a pas fait de poisson, mais on a peut-être évité un vrai drame », glisse-t-il, regard perdu vers la rade.
La mer, elle, a repris son rythme, indifférente et fidèle. Les filets sèchent au soleil de midi, et les histoires, déjà, se parent d’un vernis de légende. Dans le fracas discret des amarres, demeure une certitude simple: parfois, le meilleur geste est d’appeler, d’attendre, et de faire confiance aux gens de mer.





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