Elles ont surgi un matin d’hiver, un éclair de plumes émeraude dans les branches nues. En quelques jours, ces visiteurs à bec crochu ont pris leurs quartiers, comme si la ville leur appartenait déjà. Les passants lèvent la tête, et les smartphones crépitent.
Un arrivage aussi bruyant que coloré
À la tombée du jour, la place s’embrase d’un tapage léger, un roucoulement métallique qui tourne au concert. Les silhouettes s’alignent sur les mâts, glissent entre les platanes, et remplissent l’air d’un mouvement continu.
« On dirait des confettis vivants, mais avec un mégaphone intégré », souffle Camille, serveuse dans un café voisin. Les enfants pointent les doigts, les anciens hochent la tête, mi-amusés, mi-intrigués par cette audace.
D’où viennent ces visiteuses exotiques ?
Leur histoire a des allures de carte postale égarée, entre cages ouvertes et cargaisons échappées. Les spécialistes évoquent des évasions successives, puis une lente implantation depuis plusieurs décennies.
La perruche à collier, cousine de nos moineaux, s’adapte avec une aisance confondante. Climat doux, arbres creux, restes de pique-niques et mangeoires de balcon suffisent à nourrir la tribu.
Ce que disent les scientifiques
« Montpellier offre un couloir de verdure et des hivers cléments, c’est un tapis rouge écologique », explique Julien Martin, ornithologue à la LPO Hérault. Selon lui, la dynamique reste urbaine, mais la vigilance demeure utile.
Les premières colonies s’agrègent autour de dortoirs stables, puis rayonnent par cercles successifs. « On parle de groupes denses et fidèles, capables d’occuper le même arbre des années durant », précise-t-il, carnet en main.
Joies et agacements du voisinage
La scène émerveille les promeneurs du soir, entre flashs dorés et cris roulés comme des perles. « Ça met de la joie dans l’hiver, on dirait un bout de forêt tropicale », sourit Marie, retraitée du quartier.
D’autres pestent contre les réveils précoces et les fientes sur les terrasses. « Je les aime bien, mais mon scooter a pris un bain quotidien de gouttelettes blanches », ironise Nordin, livreur à la pause café.
Quel impact sur la biodiversité locale ?
Le débat glisse de l’esthétique à l’écologie, là où l’étonnement devient question. Les psittacidés convoitent des cavités pour nicher, parfois disputées aux pics, aux étourneaux ou aux chouettes hulottes.
Le menu reste varié: graines, fruits, bourgeons, parfois boutons de fleurs à la fin de l’hiver. Dans les parcs, aucune razzia massive, mais les jardiniers surveillent les jeunes pousses et les vergers de périphérie.
Comment cohabiter sans heurts
- Installer des mangeoires plus sélectives, à petites ouvertures pour épargner les graines des plus grands.
- Éviter de nourrir les oiseaux au sol, afin de limiter les attroupements bruyants.
- Protéger certaines cavités avec des nichoirs adaptés aux espèces locales.
- Planter des essences moins appétentes près des balcons et terrasses exposées.
- Signaler les grands dortoirs à la LPO pour un suivi serein et documenté.
Le spectacle des soirs bleus
Vers dix-sept heures, la lumière tombe, la ville ralentit, et la troupe revient. Un souffle d’ailes souples passe entre les façades, comme une vague verte qui se replie sur son récif.
Des cris s’envolent, retombent en chapelet, et finissent par se taire d’un coup, comme si quelqu’un avait baissé le volume. Dans l’arbre, on ne distingue plus que des virgules immobiles.
Entre familiarité et étrangeté
À force, la surprise devient une forme de voisinage, avec ses rituels et ses râleries. On s’habitue au vert trop vif, comme on s’habitue au klaxon trop tôt.
Les citadins ont parfois besoin d’un emblème, d’un détail inutile mais précieux. Ces oiseaux offrent un morceau de monde, posé sur le rebord de nos habitudes.
Une présence appelée à durer ?
Si l’hiver reste doux et les cavités nombreuses, la colonie pourrait s’étendre sans panique. Les villes du nord ont déjà écrit cette histoire, chapitre après chapitre, sans basculer dans la catastrophe.
Reste à trouver le bon tempo entre émerveillement et gestion fine. « Observer, mesurer, ajuster : c’est la clé », martèle l’ornithologue, regard tourné vers le dortoir.
Montpellier, elle, gagne une rumeur de tropiques au cœur de ses places. Un rappel que la nature aime les raccourcis, et que la ville sait parfois les accueillir.





0 réponse à “Une colonie de perruches vertes sʼinstalle en plein centre-ville de Montpellier et intrigue les habitants”