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Une étude redéfinit ce que nous savions et confirme que ce sont les abeilles ouvrières qui décident secrètement qui sera la prochaine reine de la colonie

Par Cécile Arnoud | Publié le 07.06.2026 à 16h23 | Modifié le 07.06.2026 à 16h23 | 0 commentaire
Abejas obreras alimentando a otras integrantes de la colonia en un nido de abejorros.

Dans une colonie de bourdons, le mot « reine » a toujours sonné comme un héritage, un trône et un destin écrits dès la naissance. Mais une nouvelle étude menée par des chercheurs de Penn State va dans la direction opposée. La future reine ne naît pas simplement marquée par ses gènes, mais peut être guidée par les ouvrières qui la nourrissent durant ses premiers jours de vie.

Cette découverte est importante car elle change la façon dont nous comprenons ces sociétés d’insectes. En fin de compte, ce que les travaux montrent, c'est que la même larve femelle peut devenir une petite ouvrière stérile ou une grande reine reproductrice, en fonction d'un signal hormonal qu'elle reçoit par la nourriture. Ce n'est pas rien.

Une reine ne naît pas seule

Les bourdons vivent dans des colonies où la division du travail est essentielle. Certaines femelles sont chargées de se reproduire et d'autres travaillent à l'entretien du nid, recherchent de la nourriture et s'occupent des larves. Jusqu’à présent, on savait que les hormones participaient à ce processus, mais il n’était pas clair qui contrôlait réellement ce changement.

La nouvelle étude s'est concentrée sur Bombus impatiens, une espèce utilisée comme modèle pour comprendre la vie sociale des bourdons. Selon les auteurs, les reines sont beaucoup plus grandes, vivent plus longtemps et peuvent se reproduire, tandis que les ouvrières sont plus petites et ne le font généralement pas. Et pourtant, les deux peuvent provenir d’ovules femelles possédant la même information génétique.

La chercheuse Etya Amsalem, professeure agrégée d'entomologie à Penn State, a résumé la situation en notant qu'il est « choquant » de voir comment un même génotype peut produire des formes aussi différentes. En termes simples, l'ADN n'explique pas tout. L’environnement du nid parle aussi.

L'hormone qui décide

L’élément clé s’appelle l’hormone de la jeunesse. Chez les insectes, cette substance participe au développement, à la mue et à la reproduction. Dans ce cas, les chercheurs ont découvert que cela influence également le sort des larves de bourdons.

Mais voici la chose intéressante. Lorsque les scientifiques ont appliqué l’hormone directement sur les larves, celles-ci ne se sont pas transformées en reines. En fait, les ouvriers ont éliminé la plupart des larves traitées. Le nid, pour parler franchement, n’a pas accepté cette voie accélérée.

Le résultat a changé lorsque l’hormone a été appliquée à des travailleurs adultes. Ensuite, ils ont incorporé ce signal chimique dans la nourriture qu’ils préparent pour les larves à partir de nectar et de pollen. La progéniture qui recevait plus d’hormones de cette manière finissait par être plus lourde et avait de bien meilleures chances de devenir reine.

La fenêtre des jours clés

L’étude a également révélé quelque chose de très concret. Les larves ne répondent à l’hormone à aucun moment, mais plutôt pendant une courte fenêtre de développement. Seyed Ali Modarres Hasani, auteur principal de l'ouvrage, a souligné que cette sensibilité apparaît « aux jours sept et huit ».

Qu’est-ce que cela signifie en pratique ? Que les travailleurs non seulement fournissent de la nourriture, mais qu’ils peuvent également activer une sorte d’interrupteur biologique à ce moment précis. Tôt ou tard, le signal perd de sa force. Comme c’est souvent le cas dans la nature, le moment compte presque autant que le comment.

Pour tester cela, l’équipe a travaillé avec de petits groupes de trois ouvrières et un ensemble de larves. Ils ont manipulé l’hormone à différents moments et ont utilisé des marqueurs chimiques pour suivre son parcours. Ils ont ainsi pu constater que l’hormone passait des ouvrières à la nourriture puis au corps des larves.

La maternelle a du pouvoir

L'image change un peu. La colonie ne ressemble plus à une structure complètement verticale où tout descend de la reine vers le reste. Dans ce cas, les soignants ont un rôle direct dans l’avenir du nid. Bien sûr, elles ne votent pas, mais la façon dont elles nourrissent leur progéniture peut décider quelles larves deviendront reines.

Amsalem elle-même a expliqué que la production de nouvelles reines est liée à l'avancement de la colonie pendant les mois chauds. Au début, les ouvrières ne se reproduisent pas. Mais lorsque la colonie vieillit, elle peut activer ses ovaires et produire des mâles, ce qui est associé à une augmentation des niveaux d’hormones juvéniles.

Au fil du temps, davantage d’ouvrières nourrissent les larves avec de plus grandes quantités de cette hormone. Si cette dose arrive pendant la fenêtre critique, certains descendants se transforment en futures reines. Ensuite, ils quitteront la colonie, s'accoupleront et passeront l'hiver en diapause, sorte de pause vitale jusqu'à la fondation d'une nouvelle colonie au printemps.

Pourquoi c'est important pour les pollinisateurs

Les bourdons ne sont pas de simples insectes curieux dotés d’une organisation sociale surprenante. Ce sont également d’importants pollinisateurs pour les plantes sauvages et les cultures. Sans eux, de nombreux écosystèmes fonctionneraient moins bien et certaines agricultures connaîtraient plus de difficultés. Et ça se voit.

Par conséquent, comprendre comment les reines sont produites a une lecture pratique. Si les scientifiques comprennent mieux ce mécanisme, ils pourraient améliorer la sélection commerciale et la gestion des colonies utilisées pour la pollinisation. Il ne s’agit pas simplement de fabriquer des reines, mais de comprendre quelles conditions favorisent des colonies saines et viables.

Il existe également une lecture écologique plus large. La recherche aide à expliquer comment les signaux sociaux et hormonaux peuvent façonner des sociétés d’insectes complexes. Une petite molécule, administrée au bon moment par les soignants, peut changer le destin d’un nid entier.

Une monarchie moins monarchique

L’étude ne dit pas que les abeilles ont une démocratie comme les humains. Ce serait exagéré. Mais cela montre que la « reine » n’est pas simplement une figure prédestinée de l’œuf. Son développement dépend en grande partie des travailleurs qui le nourrissent.

La monarchie a toujours une couronne, mais le véritable pouvoir semble être dans la crèche. Les soignants contrôlent un signal invisible qui transforme les corps, les fonctions et les avenirs. C’est une de ces enquêtes qui obligent à regarder à deux fois quelque chose qui semblait familier.

L'étude complète a été publiée dans la revue Biochimie des insectes et biologie moléculaire.

L'entrée Une étude redéfinit ce que nous savions et confirme que ce sont les abeilles ouvrières qui décident secrètement qui sera la prochaine reine de la colonie a été publiée pour la première fois sur ECOticias.com.

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