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Ils analysent un fossile vieux de 500 millions d'années et découvrent ce qu'il a mangé avant de mourir : le secret de l'animal le plus rare

Par Cécile Arnoud | Publié le 05.02.2026 à 22h23 | Modifié le 05.02.2026 à 22h23 | 0 commentaire
Fósil de Hallucigenia del Cámbrico con espinas dorsales preservadas en el Burgess Shale.

Pendant des décennies, Hallucigenia a été le symbole parfait de l’étrangeté de la vie dans les mers cambriennes. Un petit animal ressemblant à un ver avec des pattes molles et d'énormes épines sur le dos, si rare que les scientifiques l'ont d'abord dessiné littéralement à l'envers.

Aujourd’hui, un fossile marin vieux d’environ 500 millions d’années vient de fournir la pièce manquante à son histoire. Une nouvelle étude suggère ce que mangeait Hallucigenia et comment il s’inscrivait dans la chaîne alimentaire de ces océans primitifs, un élément clé pour comprendre comment les premiers écosystèmes animaux sur Terre étaient organisés.

Une « photo fixe » des fonds marins du Cambrien

Les nouveaux travaux, dirigés par le paléontologue Javier Ortega Hernández de l'Université Harvard, réanalysent un fossile de la formation des schistes de Burgess au Canada, un site clé pour comprendre la faune de la période cambrienne.

Ce fossile montre le corps écrasé d'un animal gélatineux mesurant environ 3,5 centimètres, entouré d'épines d'hallucigenia lâches provenant d'au moins sept individus. Selon l'interprétation de l'équipe, nous serions confrontés à une scène bien précise.

D’abord, l’animal gélatineux serait mort et son corps serait tombé au fond de la mer. Par la suite, plusieurs minuscules Hallucigenia se seraient approchées pour se nourrir de cette masse molle, probablement par aspiration, laissant leurs épines éparpillées sur le cadavre.

La paléontologue Allison Daley de l'Université de Lausanne résume l'importance de ce fossile comme un « instant capturé dans les archives fossiles », une brève interaction figée dans la roche pendant des centaines de millions d'années.

Tout le monde n’est pas complètement convaincu. Le chercheur Jean Bernard Caron, du Musée royal de l'Ontario, prévient que certains processus géologiques pourraient mélanger les restes de différents animaux sans que ceux-ci n'aient interagi dans la vie. C’est-à-dire que la scène est très suggestive, mais la science préfère y aller avec prudence.

Quel type d'animal était Hallucigenia ?

Hallucigenia était un petit animal tubulaire mesurant jusqu'à environ cinq centimètres de long, avec des pattes molles sur le dessous et une rangée d'épines rigides sur le dos, un parent éloigné des vers de velours, des tardigrades et des arthropodes d'aujourd'hui.

Pendant des années, personne ne savait clairement ce qu’était la « tête » et la « queue ». Les premiers dessins le représentaient marchant sur les épines et les pattes pointées vers le haut. Ce n'est qu'en examinant davantage de fossiles qu'on a constaté que ces épines étaient défensives et que les vraies pattes étaient du côté opposé.

Sur le plan écologique, Hallucigenia occupait une niche bien différente de celle des grands prédateurs de l’époque. Il n’avait pas de mâchoires ou de griffes puissantes pour déchirer ses proies, ce qui faisait déjà soupçonner aux paléontologues que son régime alimentaire devait dépendre d’aliments mous et faciles à transformer.

Voici à quoi ressemblent les Hallucigenia | Vidéo : Confrontation sauvage

Un menu gélatineux et un rôle clé dans la chaîne alimentaire

L'étude identifie l'animal gélatineux du fossile comme un cténophore semblable à une méduse en peigne, probablement du genre Xanioascus, également connu dans les mêmes sédiments canadiens et avec environ 24 « peignes » de cils qu'il utiliserait pour nager.

Le résumé du travail décrit plusieurs petits spécimens d'Hallucigenia regroupés sur ce cadavre mou et l'interprète comme un comportement de charognard. En d’autres termes, ces animaux se seraient spécialisés dans l’exploitation des cadavres gélatineux tombés au fond de la mer, un peu comme une équipe de nettoyage de l’océan Cambrien.

Les auteurs proposent que Hallucigenia se nourrisse par aspiration. Sa tête allongée et une série de structures internes rigides, semblables à de petites dents, auraient formé une sorte de « pompe » capable d’aspirer des morceaux de tissu gélatineux. Ce mode d’alimentation rappelle en partie certains animaux modernes comme les araignées de mer.

Si cette interprétation est correcte, Hallucigenia et autres lobopodes cuirassés auraient joué un rôle écologique important. Non pas en tant que grands prédateurs, mais en tant que recycleurs de cadavres mous, contribuant ainsi à fermer le cycle des nutriments au fond de la mer. Au fond, nous voyons comment les premières chaînes alimentaires complexes s’organisaient bien avant l’existence des poissons, des forêts ou des récifs coralliens.

La science en progrès et ce que nous pouvons apprendre aujourd'hui

Il faut retenir un détail important. Ce travail a été publié pour l’instant sous forme de prépublication, c’est-à-dire de manuscrit scientifique partagé avant d’être examiné formellement par d’autres experts. Elle a été mise en ligne sur la plateforme bioRxiv fin 2025, ses conclusions peuvent donc encore être nuancées.

Néanmoins, le fossile fournit une idée très puissante. Même dans ces mers « étonnantes » du Cambrien, avec des créatures qui semblent aujourd'hui sorties d'un rêve étrange, il existait déjà des réseaux d'alimentation organisés, avec des animaux qui chassaient, d'autres qui fouillaient et d'autres qui recyclaient les restes.

Comprendre le fonctionnement de ces anciens écosystèmes nous aide à comprendre que la vie a toujours été plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Et rappelez-vous aussi quelque chose d'inconfortable. Si nous modifions trop les océans actuels, la nature réorganisera à nouveau ses réseaux trophiques, comme elle l’a fait à plusieurs reprises dans le passé, mais pas toujours d’une manière qui nous est favorable.

L'étude complète a été publiée sur la plateforme scientifique bioRxiv.

L'entrée Ils analysent un fossile vieux de 500 millions d'années et découvrent ce qu'il a mangé avant de mourir : le secret de l'animal le plus rare a été publié pour la première fois sur ECOticias.com.

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