Le suivi de 22 spécimens entre 2019 et 2025 permet de transformer des milliers de déplacements en une carte préventive et de prioriser les lignes électriques nécessitant une intervention urgente.
Castilla y León dispose d'un outil plus précis pour protéger le milan royal contre l'un de ses principaux risques d'origine humaine. Sept années de surveillance à l'aide d'émetteurs GPS ont permis de localiser des zones où les mouvements de ce rapace coïncident avec des lignes électriques potentiellement dangereuses.
Les travaux ont été développés à partir des mouvements de 22 milans royaux marqués entre 2019 et 2025. Ses résultats ont été publiés en avant-première dans le magazine Quercussigné par Marta Monío, Pablo Cisneros, David Cubero et Ramón Perea. L'enquête vise à déterminer quels types de lignes et quelles caractéristiques du territoire augmentent le risque de collision ou d'électrocution.
Le suivi GPS du milan royal transforme chaque vol en une carte des risques
Un émetteur GPS enregistre en continu les positions utilisées par chaque oiseau. La succession des lieux permet de reconstituer leurs déplacements quotidiens, les zones où ils cherchent à se nourrir, les lieux de repos et les couloirs qu'ils empruntent le plus fréquemment.
En croisant ces informations avec la répartition des lignes électriques, les chercheurs peuvent détecter des sections où l'exposition est répétée. Une infrastructure située à proximité d'un gîte, d'un élevage ou d'une aire d'alimentation régulière peut être traversée de nombreuses fois par le même spécimen et par d'autres milans.
Le GPS seul n'identifie pas une électrocution ni ne convertit chaque emplacement en un décès confirmé. Sa principale contribution consiste à réduire le territoire à inspecter et à signaler où coïncident une forte activité aviaire et des infrastructures susceptibles de provoquer des accidents. Les points noirs constituent donc des zones à risque prioritaires qui doivent être contrôlées sur le terrain.
Cette approche permet de passer d'une conservation réactive, basée sur l'action après la découverte des corps, à une stratégie préventive capable de localiser le danger avant que le prochain accident ne survienne.
Castilla y León concentre le plus grand hivernage de milans royaux d'Europe
Le choix de Castilla y León n’est pas fortuit. La communauté constitue l'un des territoires les plus importants du continent pour la survie du milan royal, notamment pendant les mois froids.
La bande-annonce publiée par Quercus On souligne qu'en 2024, près de 30 000 spécimens hivernants ont été dénombrés dans la communauté. Pour sa part, le recensement hivernal ultérieur du milan royal en Espagne, coordonné par SEO/BirdLife et la Société scientifique Gorosti, a enregistré 73 353 oiseaux dans l'ensemble du pays au cours de l'hiver 2024 et 2025. Castilla y León a rassemblé 54 pour cent du total, ce qui équivaut à environ 39 600 spécimens.
Les chiffres correspondent à des périodes et des suivis différents, ils ne doivent donc pas être comparés comme s’il s’agissait d’un seul décompte. Pourtant, les deux confirment la même réalité. Castilla y León abrite la plus grande concentration hivernale connue de l'espèce et toute réduction de la mortalité dans cette communauté pourrait avoir des répercussions à l'échelle européenne.
La responsabilité est d'autant plus grande que Milvus milvus Il est répertorié comme en voie de disparition dans le catalogue espagnol des espèces en voie de disparition. Cette catégorie implique que leur survie peut être compromise si les facteurs qui ont causé leur situation actuelle continuent d'agir.
Pourquoi les lignes électriques mettent en danger le milan royal
Les infrastructures électriques peuvent provoquer la mort des oiseaux par deux mécanismes différents. L'électrocution se produit lorsqu'un spécimen perché entre simultanément en contact avec des éléments conducteurs soumis à des potentiels électriques différents.
La collision se produit pendant le vol, lorsque l'oiseau ne perçoit pas les câbles à temps. Le risque peut augmenter avec le brouillard, un mauvais éclairage, des manœuvres de chasse ou la présence de câbles fins et peu visibles.
Le milan royal est particulièrement exposé car il utilise l'agriculture, l'élevage et les paysages ouverts où il existe un vaste réseau électrique. De plus, il parcourt de longues distances pour localiser les charognes et d’autres sources de nourriture. Une ligne installée sur l’un de ces itinéraires peut devenir un obstacle répété pendant des mois.
La dimension du problème ne se limite pas à cette espèce. La mortalité des oiseaux sur les lignes électriques touche de nombreux rapaces, cigognes, grues et autres oiseaux. SEO/BirdLife prévient en outre que les carcasses trouvées ne représentent probablement qu'une partie de la mortalité réelle, car nombre d'entre elles disparaissent avant d'être détectées.
Les taches noires du milan royal permettent de corriger en premier l'urgence
Castilla y León dispose déjà d'instruments techniques pour évaluer le danger de ces infrastructures. Le portail officiel de la protection des oiseaux contre les lignes électriques du Conseil comprend un zonage de la probabilité d'électrocution et des manuels pour classer les supports selon leur conception et leur dangerosité.
De nouvelles données GPS peuvent compléter ces informations. La dangerosité technique d'un support ne dépend pas uniquement de sa structure. Il est également important de savoir combien d’oiseaux utilisent leur environnement, à quelle fréquence ils y passent et si le dortoir se trouve à proximité d’aires d’alimentation, de reproduction, de concentration ou de repos.
Dans les sections prioritaires, les conducteurs et les ponts peuvent être isolés, les traverses dangereuses remplacées, les distances de sécurité augmentées ou des repères visuels installés sur les câbles. Le décret royal 1432/2008 envisage des mesures techniques contre l'électrocution et l'utilisation de dispositifs de protection contre les oiseaux pour réduire les collisions sur certaines lignes à haute tension.
Les résultats obtenus dans d'autres territoires montrent l'ampleur que peuvent atteindre ces interventions. À Cuenca, l'administration régionale a signalé la correction de plus de 6 000 supports électriques et de nouvelles actions sur 700 autres. Ce type de programmes démontre que les cartes de risques peuvent devenir des œuvres concrètes sur le réseau.
Le défi est de convertir la carte scientifique en moins d'oiseaux morts
Le suivi de 22 spécimens ne remplace pas l'inspection systématique des lignes et ne constitue pas non plus un inventaire complet de toute mortalité. Son intérêt réside dans le fait de mieux guider le travail de terrain et d’éviter que les ressources soient distribuées sans prendre en compte les risques réels.
Après avoir corrigé une ligne il faudra également vérifier son efficacité. Le nombre de supports rénovés est un indicateur utile, mais le résultat décisif sera la réduction des collisions et des électrocutions parmi les oiseaux qui continuent à utiliser le territoire.
Les sept années de suivi laissent ainsi une conclusion particulièrement pertinente. La plus grande avancée n’est pas seulement de savoir où un milan royal peut mourir, mais aussi de disposer de suffisamment d’informations pour agir avant que cela ne se produise.
Les progrès de l'étude ont été publiés dans la revue Quercus.





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